Mali : jusqu’où iront les violations des droits humains au nom de la lutte antiterroriste ?

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Une transition militaire sous le signe des promesses trahies

La junte malienne avait juré de rétablir la souveraineté du pays après des années de chaos. Pourtant, derrière les discours enflammés sur la reconquête, se cache une réalité bien plus sombre : celle d’une stratégie antiterroriste où la fin justifie tous les moyens. Entre exécutions arbitraires, tortures et pillages, les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés affichent une impunité inquiétante. Les conventions internationales, autrefois brandies comme des boucliers, ne sont plus qu’un lointain souvenir.

Le droit humanitaire bafoué au quotidien

Depuis 1965, le Mali a ratifié les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels, qui encadrent strictement la conduite des conflits armés. Les soldats malien·nes sont censé·e·s connaître et respecter ces règles : protéger les civils, distinguer combattants et non-combattants, interdire les traitements dégradants. Pourtant, sur le terrain, la théorie s’efface devant une pratique bien plus brutale.

Les violations ne relèvent plus de l’accident ou de l’excès de zèle isolé. Elles s’inscrivent dans une méthode systématique, où la violence devient un outil de « sécurisation » des zones rebelles. Les villages du centre et du nord du pays paient le prix fort : destructions massives, déplacements forcés, et un climat de terreur qui rappelle les pires heures des conflits.

Les chiffres qui accusent : un bilan humain effroyable

Les données compilées par les organisations de défense des droits humains sont sans appel. Entre 2020 et 2024, les exécutions sommaires et les disparitions forcées ont augmenté de près de 40 %, selon les estimations. Les simulations de noyade et les décharges électriques sont monnaie courante dans les centres de détention informels. Les communautés peules, déjà prises en étau entre les groupes jihadistes et la répression d’État, subissent de plein fouet cette spirale meurtrière.

L’Africa Corps, groupe de mercenaires russes, est régulièrement pointé du doigt pour son rôle dans ces exactions. Pourtant, jusqu’à présent, aucun cadre légal ne semble capable d’endiguer ces violences. Pourquoi ? Parce que les obligations internationales sont délibérément ignorées, et que les mécanismes de contrôle ont disparu.

L’impunité garantie par l’expulsion de la MINUSMA

Le départ forcé de la mission des Nations unies (MINUSMA) fin 2023 n’était pas seulement une démonstration de souveraineté. C’était aussi l’occasion de fermer les yeux sur les violations commises par les forces locales. Privées de toute surveillance indépendante, les FAMa et leurs alliés ont pu intensifier leurs opérations sans crainte d’être dénoncé·e·s. Les rapports d’ONG, désormais basés sur des témoignages à distance, peinent à faire entendre leur voix dans un paysage médiatique étouffé.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dès 2024, les violations des droits humains ont bondi de 60 % par rapport à l’année précédente. Une hausse vertigineuse qui coïncide avec le vide laissé par le retrait de la MINUSMA.
Les organisations internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch tentent de documenter ces crimes, mais leurs rapports peinent à trouver un écho politique.

La justice en miettes : quand les portes de la reddition des comptes se ferment

Face à ce déferlement de violences, les voies de recours s’amenuisent. Le Mali a officiellement quitté la Cour pénale internationale (CPI) en 2024, privant les victimes de tout espoir de justice internationale. Pendant ce temps, la justice malienne, sous contrôle politique, reste muette ou complice. Les rares plaintes déposées par des familles de victimes disparaissent dans les méandres d’un système judiciaire asphyxié.

Du côté des organisations régionales, c’est le silence complice. L’Union africaine se contente de communiqués tièdes, tandis que la CEDEAO, plus préoccupée par les questions constitutionnelles, se montre incapable d’influencer les décisions tactiques de Bamako. Résultat : une impunité totale pour les auteurs de ces crimes.

Et si la stratégie antiterroriste sapait elle-même la stabilité du pays ?

En voulant écraser l’insurrection par la terreur, la junte malienne commet une erreur stratégique majeure. Les violences disproportionnées envers les civils ne font pas taire les groupes armés. Au contraire, elles alimentent la colère et nourrissent les recrutements chez les jihadistes, qui se présentent comme les seuls défenseurs des populations opprimées.

Un État qui trahit ses propres citoyens perd toute légitimité à les protéger. La « reconquête » promise par la junte n’est qu’un leurre : plus elle piétine les droits humains, plus elle creuse le fossé entre le pouvoir et les populations. Et plus elle affaiblit la cohésion nationale, rendant le retour à la stabilité encore plus improbable.

Que reste-t-il des engagements internationaux du Mali ?

  • Les Conventions de Genève ratifiées en 1965, devenues lettre morte.
  • Les Protocoles additionnels de 1989, ignorés sur le terrain.
  • L’enseignement du droit des conflits dans les casernes, relégué aux oubliettes.

Quels sont les mécanismes de contrôle disparus ?

  • Le retrait de la MINUSMA et des observateurs internationaux.
  • L’absence de mécanismes de surveillance indépendants.
  • Le contrôle politique de la justice malienne.

Quel est l’impact sur les populations ?

  • Dizaines d’exécutions arbitraires signalées chaque mois.
  • Cas documentés de torture (simulations de noyade, électrocutions).
  • Villages entiers détruits et populations déplacées.
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A propos Safiatou Sanou

Journaliste
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