L’or du Burkina Faso finance-t-il vraiment la sécurité du pouvoir de traoré ?

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Un mystère économique au cœur du pouvoir burkinabè

Depuis le coup d’État de septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré dirige le Burkina Faso d’une main ferme, dans un contexte sécuritaire et économique de plus en plus tendu. Entre alliances stratégiques et ressources naturelles convoitées, une question s’impose : comment les mines d’or du pays s’inscrivent-elles dans la stratégie de consolidation de son pouvoir ? Entre contrats miniers, rivalités entre groupes russes et enjeux de sécurité nationale, les zones d’ombre persistent. Mais une chose est sûre : l’avenir du Burkina Faso pourrait bien se jouer dans les galeries de ses mines.

La mine de Bissa, symbole d’une alliance sous surveillance

Au cœur de cette équation se trouve la mine de Bissa, exploitée par le groupe russe Nordgold. Ce site n’est pas seulement une source de revenus : il est devenu le théâtre d’une bataille discrète mais intense entre entreprises de sécurité russes, chacune cherchant à obtenir la confiance des autorités burkinabè. RSB-Group, évincé du dispositif de protection de la mine, a tenté de faire valoir ses revendications en mettant en cause la sécurité des populations locales. Une manœuvre qui révèle l’ampleur des enjeux derrière ces contrats.

Des accusations qui brouillent les pistes

Selon des informations rapportées, RSB-Group aurait pointé du doigt ses concurrents, accusant leurs opérations d’alimenter l’insécurité dans les villages peuls environnants. Ces allégations, bien que non vérifiées, soulèvent des questions cruciales : dans quelle mesure la sécurité des mines influence-t-elle la stabilité des communautés ? Et ces tensions ne masquent-elles pas une lutte d’influence plus large ?

Moscou et Traoré : une coopération aux multiples facettes

Le rapprochement entre Ouagadougou et Moscou dépasse les simples déclarations d’amitié. Depuis 2022, la Russie a multiplié les gestes de soutien au régime burkinabè, notamment en matière de sécurité. Des paramilitaires russes ont été déployés dans la capitale, officiellement pour lutter contre le terrorisme. Mais leur présence soulève une interrogation : protègent-ils uniquement les institutions ou aussi les intérêts des entreprises russes ?

Le modèle russe en Afrique n’est pas nouveau : il combine assistance militaire, protection des dirigeants et accès aux ressources stratégiques. Le Burkina Faso, riche en or, pourrait-il être le prochain maillon de cette chaîne ? Pour l’instant, aucun accord public ne confirme un échange explicite entre sécurité du régime et concessions minières, mais les indices sont troublants.

L’or burkinabè, un levier pour Moscou ?

Nordgold, contrôlé par des intérêts russes, exploite deux des plus grandes mines du pays : Bissa et Bouly. Cette présence donne à Moscou un intérêt direct dans la stabilité des sites aurifères. En février 2023, le gouvernement burkinabè a même réquisitionné 300 kg d’or produit par Bissa Gold, évoquant une « nécessité publique ». Une décision qui illustre l’importance stratégique accordée à l’or pour l’État.

Pour les entreprises russes, sécuriser ces mines revient à protéger leur investissement. Mais cette dynamique pourrait aussi renforcer leur influence auprès des autorités burkinabè. Selon des analystes, la protection des intérêts miniers russes aurait pu initier l’intérêt de Moscou pour le Burkina Faso. Cependant, le rôle principal des forces russes déployées semble aujourd’hui lié à la consolidation du pouvoir de Traoré.

Un pacte aux contours encore flous

La rivalité autour de la mine de Bissa montre que les acteurs russes ne forment pas un bloc uni. Chaque entreprise poursuit ses propres objectifs, parfois en conflit avec ses concurrents. L’éviction de RSB-Group et ses tentatives pour discréditer ses rivaux révèlent l’importance des marchés de sécurité dans cette compétition. Mais ces manœuvres posent aussi une question éthique : la sécurité des investissements doit-elle primer sur la protection des populations locales ?

Sécurité des mines vs sécurité des citoyens

Pour les communautés vivant près des sites miniers, les conséquences de cette rivalité sont réelles. La sécurisation des infrastructures ne doit pas se traduire par une aggravation de l’insécurité à leur porte. Pourtant, dans un pays en proie aux violences djihadistes, la protection des mines devient un enjeu de survie économique et politique. Comment concilier ces impératifs ?

L’avenir du Burkina Faso se joue-t-il dans ses mines ?

Le partenariat entre Ouagadougou et Moscou repose sur un équilibre fragile. La Russie apporte un soutien sécuritaire et politique précieux dans un contexte de fragilité institutionnelle. En échange, les entreprises russes obtiennent des opportunités économiques, notamment dans le secteur aurifère. Mais cette alliance reste à clarifier.

Il serait hâtif de conclure qu’un pacte formel lie la protection du régime de Traoré à l’accès aux ressources minières. Pourtant, les intérêts convergents des deux partenaires dessinent les contours d’une relation où sécurité et économie s’entremêlent. À Bissa et ailleurs, la bataille pour l’or burkinabè pourrait bien déterminer l’avenir du pays.

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A propos Safiatou Sanou

Journaliste Société & Droits Humains à Zone AES. Attachée aux réalités vécues par les populations, Safiatou Sanou couvre les initiatives communautaires, l'accès à l'éducation et la solidarité sahélienne, en donnant une voix aux acteurs du terrain.
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