Libreville : vers une nouvelle ère pour l’épargne africaine

Libreville, ce mercredi 8 juillet 2026 (Reportage) – Un message clair, porteur d’un potentiel transformateur, a récemment résonné à Libreville, s’adressant directement aux marchés financiers du continent. Les régions d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest ont choisi de conjuguer leurs efforts en rapprochant leurs instances de régulation financière. L’objectif est de répondre à une question devenue cruciale pour l’ensemble du continent : comment convertir l’épargne africaine en un puissant moteur de croissance, plutôt que de la voir s’échapper des économies locales ou stagner dans des circuits peu productifs.

Le 6 juillet 2026, la capitale gabonaise a été le théâtre d’un événement majeur : la signature d’une convention de coopération tripartite. Les acteurs clés de cette alliance sont la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF), la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA) et l’Autorité des Marchés Financiers de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (AMF-UMOA). Cet accord pourrait bien redéfinir les mécanismes de financement du développement africain.

Au-delà de cette signature institutionnelle, se dessine une ambition plus vaste : celle de bâtir un véritable espace financier africain, autonome dans le financement de ses infrastructures essentielles, de ses entreprises dynamiques et de ses innovations disruptives.

L’Afrique reprend le contrôle de son capital

Le paradoxe africain, maintes fois souligné par les économistes, est désormais bien cerné. Le continent dispose d’une capacité d’épargne considérable, mais peine à l’orienter efficacement vers son économie productive. Une part importante des ressources financières des ménages demeure en dehors des systèmes bancaires traditionnels, tandis que les investisseurs institutionnels ne sont pas suffisamment mobilisés pour soutenir les projets structurants.

Parallèlement, les besoins en financement connaissent une croissance exponentielle, alimentée par une démographie galopante, une urbanisation rapide et les exigences pressantes en matière d’infrastructures, d’énergie et de transformation numérique.

L’accord conclu à Libreville apporte une réponse directe à cette équation complexe. Les trois institutions s’engagent à coordonner leurs actions autour de plusieurs axes stratégiques : le partage d’informations cruciales, l’assistance technique mutuelle, l’harmonisation des réglementations et le renforcement des dispositifs de supervision des marchés financiers et des assurances.

L’objectif est limpide : créer des marchés plus profonds, plus sûrs et suffisamment attractifs pour retenir les capitaux africains sur le continent, stimulant ainsi l’investissement local.

Le rôle essentiel de l’assurance et des investisseurs institutionnels

Un des enseignements fondamentaux des discussions tenues à Libreville concerne le potentiel encore inexploité des compagnies d’assurance dans le financement du développement africain. À l’échelle mondiale, les fonds gérés par le secteur de l’assurance constituent une source majeure de financement à long terme pour les infrastructures, les obligations souveraines et les investissements stratégiques.

L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest aspirent désormais à reproduire ce modèle vertueux. Les experts réunis lors de l’atelier régional dédié à la mobilisation de l’épargne ont mis en lumière le potentiel considérable des assureurs africains pour soutenir la croissance des petites et moyennes entreprises (PME), accompagner les initiatives industrielles et participer activement au financement des grandes infrastructures régionales.

Cette nouvelle orientation est susceptible de modifier durablement les équilibres financiers au sein de la zone CEMAC et de l’espace UEMOA. Elle permettrait également de réduire la dépendance aux financements extérieurs, qui exposent fréquemment les économies africaines aux aléas des marchés internationaux.

Libreville, une capitale financière africaine en devenir

Au-delà de la coopération technique, cette rencontre met en évidence les ambitions croissantes du Gabon en matière de gouvernance financière continentale. Sous l’impulsion de Jacqueline Adiaba Nkembe, présidente de la COSUMAF, Libreville s’affirme progressivement comme un pôle de référence en matière de régulation et de supervision financière en Afrique francophone.

La présence de régulateurs régionaux de premier plan, de gouverneurs, d’universitaires et de dirigeants d’entreprises témoigne de cette volonté d’influence grandissante. Les conclusions de ces travaux seront prochainement soumises aux instances de la CEMAC afin d’accélérer leur mise en œuvre opérationnelle.

L’enjeu dépasse largement les considérations techniques. Dans un contexte mondial marqué par le durcissement des conditions d’accès aux capitaux internationaux, la capacité des économies africaines à mobiliser leur propre épargne devient un facteur déterminant de souveraineté économique.

La convention signée à Libreville inaugure ainsi une nouvelle phase dans l’édification financière du continent. L’Afrique ne manque pas de ressources. Le véritable défi réside désormais dans la circulation et l’orientation de ces ressources au service de sa propre transformation et de son développement durable.