Liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : appel urgent des médias et associations

liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : appel urgent des médias et associations

Coordonnée par Reporters sans frontières (RSF), une coalition de près de trente médias et organisations de défense des droits humains a lancé un appel solennel aux autorités du Mali et du Burkina Faso. L’objectif ? Mettre fin aux multiples atteintes à la liberté de la presse dans ces deux pays d’Afrique de l’Ouest.

une lettre ouverte pour exiger le respect des droits fondamentaux

Dans une lettre ouverte adressée aux gouvernements malien et burkinabè, ainsi qu’aux institutions régionales et internationales, cette alliance de signataires exige des mesures concrètes pour protéger les journalistes et garantir leur liberté d’exercer leur métier sans crainte de représailles. Parmi les demandes formulées :

  • La fin des pressions et intimidations envers les journalistes locaux et internationaux ;
  • Le respect des engagements internationaux en matière de liberté d’expression et de presse, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ;
  • La protection des professionnels des médias menacés, harcelés ou victimes d’attaques physiques ;
  • La tenue d’enquêtes impartiales pour identifier et sanctionner les responsables de violations ;
  • L’application des obligations légales issues des traités internationaux ratifiés par le Mali et le Burkina Faso.

Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, souligne l’importance cruciale de cette initiative : « Cette mobilisation rappelle l’urgence absolue de défendre et de promouvoir la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso. Alors que la communauté internationale célèbre la journée mondiale dédiée à cet enjeu, les dirigeants de ces deux nations doivent prendre conscience de leurs responsabilités et agir sans délai. »

des médias et organisations engagés pour la liberté d’informer

La liste des signataires de cette lettre ouverte reflète l’ampleur de la solidarité transnationale en faveur de la presse indépendante. Elle comprend :

  • Des médias locaux : Joliba Tv News (Mali) et Lefaso.net (Burkina Faso) ;
  • Des associations de défense de la liberté de la presse : la Fédération des journalistes africains (FAJ), l’Union internationale de la presse francophone (UPF) et la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) ;
  • Des médias internationaux : Jeune Afrique, Le Monde, Libération, France 24 et Radio France Internationale (RFI).

Cette mobilisation intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon le Classement mondial de la liberté de la presse publié en mai 2023, le Burkina Faso et le Mali occupent respectivement les 58ᵉ et 113ᵉ places sur 180 pays. Une situation qui reflète les défis croissants auxquels sont confrontés les journalistes dans la région.

un climat de terreur et de désinformation

Les atteintes à la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso se manifestent par des actes graves et récurrents :

  • Appels au meurtre et menaces de mort envers des journalistes et leaders d’opinion ;
  • Intimidations et pressions sur la presse nationale ;
  • Montages et « fake news » propagés par des « influenceurs » pro-régime ;
  • Expulsion de correspondants étrangers et suspension de médias internationaux (RFI, France 24) ;
  • Attaques physiques et enlèvements de journalistes, comme celui d’Aliou Touré, retrouvé libre après quatre jours de captivité ;
  • Saccage de la Maison de la presse de Bamako et inculpation de journalistes critiques, à l’image de Rokia Doumbia ou de Mohamed Youssouf Bathily (Ras Bath).

Au Burkina Faso, le Conseil supérieur de la communication (CSC) a lui-même tiré la sonnette d’alarme dans un communiqué publié en mars 2023, dénonçant « la récurrence des menaces proférées à l’encontre des organes de presse et des acteurs des médias ». De son côté, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « profondément troublé » par la situation, soulignant que « la protection des voix indépendantes est plus nécessaire que jamais » en période de transition politique.

des appels à l’action renforcés par la communauté internationale

Plusieurs responsables onusiens et africains ont exprimé leur préoccupation face à la dégradation de la liberté de la presse dans ces deux pays. Alioune Tine, expert indépendant de l’ONU pour le Mali, a ainsi déclaré être « extrêmement préoccupé par le rétrécissement de l’espace civique ». De même, des institutions comme l’UNESCO et l’Union africaine sont interpellées pour soutenir activement cette démarche et défendre le droit fondamental des citoyens à l’information.

les signataires unis pour un changement immédiat

La lettre ouverte adressée aux autorités et institutions cibles est signée par 29 organisations et médias, parmi lesquels :

  • Médias locaux : Le Pays, L’Observateur Paalga, 24heures.bf, Wakat Sera (Burkina Faso) ; Joliba Tv News (Mali) ;
  • Associations : Association des Journalistes du Burkina Faso (AJB), Courrier confidentiel, Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d’Investigation (CENOZO), Fédération internationale des journalistes (FIJ) ;
  • Organisations internationales : Human Rights Watch (HRW), Fédération internationale pour les droits de l’homme (FIDH), Reporters sans frontières (RSF).

Les signataires appellent les destinataires de la lettre à :

  • Mettre fin aux mesures restrictives envers la presse ;
  • Garantir la sécurité des journalistes menacés ;
  • Enquêter sur les abus commis et sanctionner leurs auteurs ;
  • Respecter les conventions internationales ratifiées ;
  • Soutenir activement la défense de la liberté d’expression et d’information.

En cette période de crise sécuritaire, politique et sociale, les journalistes du Mali et du Burkina Faso jouent un rôle essentiel pour informer les populations et contribuer au débat démocratique. Leur protection et la préservation de leur indépendance sont des impératifs incontournables pour garantir un avenir apaisé et respectueux des droits fondamentaux.