Alors que des villes comme Bruxelles s’apprêtent à célébrer la visibilité et l’égalité lors de sa Pride Parade, la situation au Sénégal offre un contraste frappant. À Dakar, loin des idéaux des droits humains, une nouvelle législation vient renforcer la persécution des personnes homosexuelles, positionnant le pays parmi les nations les plus répressives du continent africain.

© SEYLLOU / Archives AFP / Des manifestants brandissent une pancarte sur laquelle on peut lire « non à l’homosexualité » lors d’une manifestation réclamant la criminalisation de l’homosexualité au Sénégal, à Dakar, le 23 mai 2025. Des manifestants ont défilé à Dakar le 23 mai 2025 po
La loi, ratifiée par le président Bassirou Diomaye Faye, aggrave considérablement les peines pour les « actes contre nature », portant la peine maximale de cinq à dix ans d’emprisonnement. Les amendes ont également été décuplées, pouvant désormais atteindre 10 millions de francs CFA, soit plus de 15 000 euros. Ce projet de loi, présenté par le Premier ministre Ousmane Sonko comme une mesure de « souveraineté », a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale sénégalaise le 11 mars 2026, avec 135 voix pour et aucune contre, scellant ainsi un avenir incertain pour des milliers de citoyens.
Lynchages et climat de terreur
Les répercussions de cette loi sont immédiates et brutales. Au cours des dernières semaines, plus d’une centaine de personnes soupçonnées d’homosexualité ont été arrêtées. Nombre de ces individus préfèrent désormais la prison à la violence des foules qui cherchent à s’auto-proclamer justice. Un jeune homme témoigne de cette anxiété constante : « À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu es obligé de vivre caché. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas une vie ». Il ajoute que cette hostilité citoyenne est attisée par les autorités : « On les a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. Si tu tues un homosexuel, tu vas aller au paradis. Tu aimes les femmes ou tu aimes les hommes ? C’est un truc personnel. Ça te concerne et ça ne concerne que toi et Dieu. »
La paranoïa et la peur se propagent. L’arrestation récente d’un ingénieur français a bouleversé la communauté des expatriés. L’un de ses amis décrit la brutalité de la méthode : « Quand on a appris les circonstances de l’arrestation, ça nous a choqués encore plus : ils ont frappé à la porte, il a ouvert, ils l’ont chopé. La tactique qu’ils utilisent, qui est en fait la rafle », soulignant que plus personne n’est à l’abri.

Nouvelle offensive contre les personnes homosexuelles au Sénégal, une nouvelle loi durcit le ton
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Manœuvre politique et religieuse
Cette vague d’hostilité est alimentée par les plus hautes sphères du pouvoir. Le collectif religieux And Sàmm Jikko Yi, fervent défenseur de cette loi, qualifie les homosexuels de « danger public ». Son président, l’imam Babacar Sylla, affirme sans fondement qu’ils « propagent délibérément des maladies » et exprime ouvertement son absence d’empathie envers la communauté LGBTQIA+. Cette rhétorique est habilement utilisée par le gouvernement pour détourner l’attention d’une récession économique grandissante, en présentant l’homosexualité comme une « importation occidentale » contraire aux valeurs sénégalaises traditionnelles.
Une régression des droits humains
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) exprime une vive inquiétude. « Une loi comme celle-ci ne protège personne : elle expose davantage encore des personnes déjà vulnérables aux violences, aux arrestations arbitraires et aux humiliations », a déclaré Drissa Traoré, secrétaire général de l’organisation. Cette législation menace également la liberté d’expression, en criminalisant toute forme de « promotion » ou de soutien aux droits des personnes LGBTQIA+.
Par ailleurs, les taux de dépistage du VIH sont en chute libre. Une source anonyme au sein d’une organisation sénégalaise de défense des droits LGBTQIA+ explique : « Les personnes vont avoir peur d’avoir le préservatif et le lubrifiant à leur portée et ils vont avoir peur de se protéger, donc avoir peur de faire le dépistage sous le prétexte d’être traqué ou bien d’être poursuivi. Quand une personne est séropositive, ça va être très compliqué maintenant de l’amener à se traiter ». Ce recul met en péril des décennies de progrès en matière de santé publique.
Le Sénégal ne représente pas un cas isolé : sur les 54 pays africains, 31 criminalisent l’homosexualité, de même que 21 pays d’Asie. Cette répression marque un tournant sombre. Sur un continent où l’Ouganda et le Nigeria sont déjà tristement célèbres pour leur hostilité envers les personnes LGBTQIA+, le Sénégal, autrefois perçu comme un bastion de stabilité relative, rejoint désormais le cercle restreint des États où l’orientation sexuelle peut entraîner une décennie de privation de liberté. Pour les individus concernés, l’exil ou le silence deviennent les uniques échappatoires.
