Ce matin, le Sénégal a accueilli un nouveau Premier ministre, et les prochaines heures s’annoncent cruciales pour la désignation du nouveau président de l’Assemblée nationale. Ces mouvements redessinent entièrement le paysage politique sénégalais, marquant un véritable remaniement au sommet de l’État.
Le nouveau chef du gouvernement est Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo. Précédemment ministre de l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050, il est désormais à la Primature. Décrit comme un « technicien » par certains observateurs, Lo est reconnu pour son expertise des circuits financiers, tant nationaux qu’internationaux. Son profil est jugé stratégique, car le Sénégal doit naviguer dans un contexte budgétaire délicat tout en poursuivant ses objectifs de développement.
La nomination d’un « économiste à la Primature » est perçue comme un choix fort du président de la République. Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, présent au cœur du gouvernement depuis le début de cette nouvelle ère, est un spécialiste confirmé de la macroéconomie, de la régulation bancaire, des marchés financiers et de la finance islamique. Il est considéré comme un acteur clé dans la mise en œuvre de la nouvelle gouvernance du pays.
Ousmane Sonko, futur président de l’Assemblée nationale ?
Le président Bassirou Diomaye Faye a clairement affiché ses intentions avec la nomination de son nouveau Premier ministre. L’attention se tourne désormais vers l’Assemblée nationale, qui doit se réunir ce mardi.
L’ordre du jour de cette séance est double : la réintégration du député Ousmane Sonko et l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée. Cette réunion est décisive pour le réaménagement institutionnel, surtout après le récent départ d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre.
La question de savoir si Ousmane Sonko se dirige vers le « perchoir » est sur toutes les lèvres. Le parti Pastef ambitionne d’installer son leader historique à la tête du pouvoir législatif. Libéré des contraintes gouvernementales, Sonko disposerait ainsi d’une plateforme stratégique pour peser sur des dossiers majeurs comme le budget, les commissions d’enquête et le calendrier des réformes. Le Pastef bénéficie d’un atout considérable, détenant une large majorité de 130 sièges sur 165, obtenue lors des élections législatives de novembre 2024.
Cependant, une incertitude juridique plane sur cette opération. Plusieurs juristes et personnalités politiques contestent la légitimité d’Ousmane Sonko à retrouver son mandat de député. Des voix rappellent que, selon la loi sénégalaise, le remplacement par un suppléant est généralement définitif pour toute la durée de la législature. La séance de ce mardi s’annonce donc tendue. Si la réintégration d’Ousmane Sonko est validée, le Sénégal pourrait connaître une cohabitation inédite où le chef de l’État devrait composer avec une majorité parlementaire loyale à son principal rival politique.
L’horizon de la présidentielle de 2029
Dans ce contexte, l’élection présidentielle de 2029 est déjà au centre des préoccupations. Ousmane Sonko semble plus déterminé que jamais à accéder à la magistrature suprême. Sa majorité parlementaire a déjà entrepris des réformes du dispositif électoral, interprétées par certains comme une tentative de lever les obstacles qui avaient empêché sa candidature en 2024.
Une question fondamentale demeure : aura-t-il la patience d’attendre l’échéance normale ? Ou cherchera-t-il à accélérer le calendrier politique en imposant un nouveau rapport de force institutionnel ? C’est précisément là que réside le risque majeur pour la stabilité du pays. Lorsque deux légitimités issues du même camp cessent de collaborer harmonieusement, le système peut basculer dans une confrontation permanente. Le Sénégal, souvent cité comme un modèle de démocratie stable dans une région agitée, pourrait ainsi entrer dans une période de fortes turbulences politiques.
Ces incertitudes pourraient se manifester rapidement avec la formation du nouveau gouvernement. Qui seront les ministres nommés ? Seront-ils majoritairement issus du Pastef, parti auquel le président Faye est toujours affilié, ou s’agira-t-il de fidèles du président sans lien direct avec le parti ? Et si Diomaye Faye décidait de dissoudre l’Assemblée nationale ? Une telle décision renverrait les Sénégalais aux urnes, dans l’espoir d’obtenir une nouvelle majorité. Cependant, cela représenterait un risque considérable : si le Pastef revenait majoritaire, non seulement l’élection de 2029 serait compromise pour le président actuel, mais Ousmane Sonko deviendrait incontestablement la figure politique centrale du Sénégal.
