Avec plus de huit décennies d’existence et une carrière politique s’étendant sur près de trente ans, Auguste Miremont incarne l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire. Premier ministre de l’Information à la fin des années 1980, puis directeur général du quotidien Fraternité Matin, cet homme d’État et des médias a accepté de partager son expérience à travers un ouvrage récemment publié : « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… ». Un récit où il évoque sans fard les grandes étapes de la nation ivoirienne.
Un témoignage de transmission plutôt que de glorification
Auguste Miremont a longtemps résisté à l’idée de raconter sa vie. Pourtant, après des mois d’échanges approfondis avec l’auteur Michel Koffi, il a accepté de lever le voile sur son parcours. « Ce n’était pas une question de vanité personnelle, mais bien de transmission », confie-t-il. Les sollicitations, notamment lors de cérémonies officielles dans son village natal, l’ont convaincu de l’importance de laisser une trace pour les générations futures.
Les entretiens, s’étalant sur 30 heures, ont révélé des souvenirs marquants, des analyses politiques et des anecdotes méconnues. Malgré la durée du projet, l’ancien ministre a gardé un souvenir positif de cette collaboration : « Les discussions étaient riches et agréables », raconte-t-il en souriant. L’auteur, lui, a dû s’armer de patience pour obtenir ses confidences, tant l’homme était exigeant sur la précision de ses propos.
Houphouët-Boigny, un modèle d’équilibre politique
Pour Auguste Miremont, le Président Félix Houphouët-Boigny reste une figure incontournable de l’histoire ivoirienne. « Son génie résidait dans sa capacité à gérer les crises avec doigté, à écouter et à agir au bon moment », explique-t-il. Si son règne a connu des tensions, comme des mutineries ou des mouvements sociaux, c’est sa stabilité qui a marqué l’époque. « La Côte d’Ivoire était alors perçue comme un modèle en Afrique de l’Ouest, un pays stable et influent », souligne-t-il avec émotion.
Quant à ses relations avec le « Vieux », Miremont se souvient d’un respect mutuel : « Il m’appelait “De Miremont”, une marque d’attention particulière ». Une proximité qui ne devait rien au hasard, mais à son intégrité et à son franc-parler. « Je n’ai jamais été un courtisan, et il appréciait cela », confie-t-il.
Les défis de la succession : Bédié, Guéï et Gbagbo
Le passage de témoin entre Houphouët-Boigny et ses successeurs n’a pas été sans heurts. Auguste Miremont évoque avec franchise les « périodes douloureuses » des années 1990 et 2000. Le coup d’État de 1999 contre Henri Konan Bédié l’a profondément marqué : « Voir le pays basculer ainsi fut un choc ». Les violences qui ont suivi, notamment la perte de figures comme Robert Guéï ou Emile Boga Doudou, ont achevé de peiner cet homme attaché à l’image d’une Côte d’Ivoire respectée.
Avec Bédié, ses liens étaient solides, renforcés par leur collaboration parlementaire. « Il était proche de Laurent Dona Fologo, un ami de longue date ». Quant à Robert Guéï, Miremont souligne leurs racines communes : « Nous étions parents, mais je n’ai jamais eu d’influence sur sa politique ».
Son amitié avec Laurent Gbagbo remonte à leurs débuts politiques. « Nous avons œuvré pour un gouvernement d’union nationale lors de la crise financière des années 1990 », explique-t-il. Une tentative avortée, mais qui témoigne de son engagement pour la stabilité du pays. Plus tard, Gbagbo l’a soutenu financièrement, un geste qu’il n’a pas oublié.
Ouattara, l’héritier politique de Houphouët-Boigny
Si Auguste Miremont reconnaît les qualités de chaque dirigeant, il considère Alassane Ouattara comme celui qui a le plus intégré « la patience, l’écoute et la réactivité » du fondateur de la nation. « Quand il était Premier ministre, il était d’une fermeté exemplaire », se souvient-il. Une rigueur qui a permis à la Côte d’Ivoire de redresser son économie, même si elle contrastait avec la clémence actuelle.
Miremont partage des anecdotes révélatrices de son caractère : « Il rappelait systématiquement ceux qu’il ne pouvait joindre immédiatement, par courtoisie ». Un trait qui, selon lui, fait partie de son leadership. « Il a un grand cœur et une attention particulière pour ses collaborateurs », ajoute-t-il.
Sur la fin de carrière d’Ouattara, il reste prudent : « Il tient encore bien la barre, et il est trop tôt pour parler de succession ». Les réalisations de son dernier mandat, comme les infrastructures routières ou les hôpitaux, illustrent selon lui une « dynamique réelle ».
Cependant, il n’occulte pas les défis sociaux : « La vie est chère, et la pauvreté persiste ». Mais il salue les efforts du gouvernement pour corriger ces déséquilibres, notamment via les « filets sociaux » et les programmes de formation professionnelle. « Le projet “École de la deuxième chance” est une initiative remarquable », estime-t-il, citant l’exemple des bourses d’apprentissage dans sa région.
Un regard nuancé sur l’avenir
Auguste Miremont refuse de se projeter dans l’après-Ouattara. « Laissons-lui le temps de terminer son mandat », insiste-t-il. Pour lui, l’essentiel est de poursuivre la construction d’une nation unie et prospère, en capitalisant sur les acquis. « La Côte d’Ivoire a encore du chemin à parcourir, mais les fondations sont solides », conclut-il avec optimisme.
