Le Maroc face à l’ONU : pourquoi rabane choisit-il de soutenir le blocus contre cuba ?

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Un vote marocain en rupture avec l’Afrique à l’ONU

L’Assemblée générale des Nations unies a-t-elle révélé une fissure diplomatique inattendue en Afrique ? Le 28 octobre 2026, une résolution exigeant la fin de l’embargo américain contre Cuba a été adoptée par 130 voix pour, 17 contre et 25 abstentions. Parmi les États hostiles au texte, un pays africain s’est distingué : le Maroc. Une position isolée sur le continent, alors que la majorité des nations africaines soutenaient ou abstenaient.

Ce scrutin, le 34ᵉ du genre depuis 1992, a confirmé la persistance d’un soutien international à la levée de l’embargo. Pourtant, le nombre de voix favorables a diminué par rapport à 2025, passant de 165 à 130. Une baisse qui interroge, tout comme l’attitude du Maroc, seul pays africain à voter contre la résolution. Une décision qui contraste avec la tradition diplomatique africaine, attachée aux principes de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires internes d’un État.

Un changement de cap diplomatique pour Rabat

Contrairement à son vote de 2025 où il s’était abstenu, le Maroc a cette fois-ci rejeté la résolution. Une évolution qui mérite une attention particulière, d’autant que plusieurs pays ont modifié leur position entre les deux scrutins. L’Allemagne et l’Italie, par exemple, sont passées du soutien à l’abstention. Mais pourquoi Rabat a-t-il choisi cette voie ?

Les motivations du royaume restent floues. Aucune explication officielle n’a été fournie pour justifier ce revirement. Faut-il y voir une volonté de se rapprocher des États-Unis ou une réflexion stratégique propre à une évolution diplomatique ? Sans déclaration publique, il est difficile de trancher. Ce vote marque néanmoins une rupture avec la tendance africaine majoritaire, un fait qui ne peut être ignoré dans l’analyse des équilibres internationaux.

Les enjeux d’une position isolée

Le Maroc, en s’opposant à la levée de l’embargo, se démarque clairement de ses partenaires africains. Une décision qui soulève des questions sur ses priorités diplomatiques. Est-ce une manœuvre ciblée ou une nouvelle orientation plus large ?

L’isolement africain du Maroc sur ce dossier rappelle que les solidarités continentales ont leurs limites. Chaque État agit selon ses intérêts propres, et la diplomatie marocaine semble avoir fait un choix stratégique distinct de celui de ses voisins. Une position qui, bien que minoritaire, pourrait refléter des calculs politiques ou économiques à long terme.

Le blocus contre Cuba : un dossier à la croisée des tensions géopolitiques

Instauré en 1962, l’embargo américain contre Cuba est l’un des plus longs conflits économiques de l’histoire moderne. Washington justifie ces sanctions par des raisons politiques et humanitaires, tandis que La Havane dénonce une atteinte à sa souveraineté et une pression économique injustifiée. Un débat qui oppose deux visions du droit international et de la gestion des relations internationales.

Cuba, confronté à des pénuries chroniques, à une crise énergétique et à des coupures d’électricité régulières, voit dans la levée de l’embargo une solution pour améliorer sa situation économique. Les partisans de la résolution à l’ONU estiment que ces mesures unilatérales aggravent les difficultés de la population. À l’inverse, les États-Unis rejettent cette argumentation, pointant du doigt la gestion interne du pays et ses choix politiques.

Ce conflit diplomatique, qui dure depuis plus de six décennies, illustre les tensions persistantes entre souveraineté nationale et ingérence extérieure. La résolution de l’ONU, bien que symbolique, ne peut contraindre Washington à lever ses sanctions. Elle reflète avant tout la position de la communauté internationale face à un embargo jugé illégitime par une majorité de pays.

Une victoire symbolique, mais sans impact contraignant

Malgré la faible opposition (17 voix contre 130), la résolution adoptée par l’Assemblée générale reste un texte non contraignant. Elle ne peut, à elle seule, faire plier les États-Unis ou modifier leur politique. Son importance réside davantage dans sa valeur symbolique : elle témoigne du soutien international à Cuba et du rejet des sanctions économiques unilatérales.

Le vote marocain, bien que minoritaire, ajoute une dimension supplémentaire à ce scrutin. Il rappelle que les divisions existent même sur des sujets où l’unanimité semble évidente. Pour les autorités cubaines, cette victoire est avant tout politique : elle renforce leur légitimité sur la scène internationale et expose les contradictions des critiques américaines.

Quelles conséquences pour la diplomatie marocaine ?

Le choix du Maroc de s’opposer à la résolution pourrait avoir des répercussions sur ses relations avec le reste de l’Afrique et au-delà. Une position isolée peut affaiblir son influence continentale ou, au contraire, lui ouvrir de nouvelles opportunités diplomatiques. Tout dépendra des justifications apportées par Rabat et de la manière dont ses partenaires africains percevront ce vote.

En l’absence d’explications claires, les spéculations vont bon train. Certains y voient une stratégie pour obtenir des concessions de Washington, d’autres un alignement sur des positions économiques ou géopolitiques spécifiques. Une chose est sûre : ce vote marque un tournant dans la politique extérieure marocaine, et son impact devra être évalué dans les mois à venir.

Une chose est certaine : la diplomatie marocaine traverse une période de remise en question. Entre alignement et indépendance, le Maroc semble tracer sa propre voie, même au prix de l’isolement. Une stratégie risquée, mais qui pourrait s’avérer payante si elle répond à des intérêts nationaux précis.

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A propos Harouna Traoré

Journaliste & Fondateur — Directeur de la Publication à Zone AES. Formé à l'Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, Harouna Traoré a arpenté les provinces du Burkina Faso, du Mali et du Niger pendant plus d'une décennie. Convaincu que l'actualité de proximité est la clé de la cohésion sahélienne, il dirige la ligne éditoriale de Zone AES avec une exigence de transparence et d'indépendance sans concession.
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