L’armée malienne peut-elle survivre à ses propres trahisons et désordres internes ?

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Alors que les autorités maliennes de transition affirmaient encore récemment une maîtrise totale du territoire et une armée malienne renforcée, l’ouverture, à Sévaré, de la session du Tribunal militaire de Mopti a révélé une réalité bien différente. Avec 72 prévenus, dont 69 soldats, jugés pour 43 affaires de trafic d’armes, désertions ou crimes violents, cette institution montre des signes évidents de désintégration interne.

Des armes de l’État entre les mains des groupes jihadistes : un scandale aux conséquences mortelles

Parmi les dossiers examinés, près de la moitié concernent la disparition, le vol ou le détournement d’armes, de munitions et d’équipements militaires. Une situation alarmante : une partie de l’arsenal officiel, destiné à protéger le Mali, alimente en réalité les rangs du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et de l’EIGS (État islamique au Grand Sahara).

Dans les régions du Centre et du Nord, ces armes, soustraites par négligence, corruption ou complicité, se retrouvent entre les mains de l’ennemi. Ainsi, le sang des soldats maliens est trop souvent versé sous les balles de fusils financés par le budget national. Une ironie tragique qui souligne l’absurdité d’une guerre où l’armée se sabote elle-même.

Désertions et violences : une institution à l’épreuve de la confiance

Autre symptôme de cette crise : l’explosion des cas de désertion. Qualifiés par le procureur militaire comme la deuxième catégorie d’infractions la plus fréquente, ces abandons de poste révèlent un épuisement moral et une rupture de la discipline au sein des troupes. Malgré les appels à la réintégration et les ultimatums de l’état-major, le phénomène persiste, fragilisant les effectifs sur le terrain.

Exactions et crimes : quand l’armée perd le soutien des populations

Plus inquiétant encore, la chambre criminelle examine des faits graves : assassinats, tortures, séquestrations et violences sexuelles commis par des militaires à l’encontre de civils. Ces agissements, régulièrement dénoncés par les organisations de défense des droits humains, aliènent les populations locales.

En coupant l’armée de sa principale source de renseignement, ces dérives renforcent la propagande des groupes insurgés, qui se présentent comme une alternative face aux abus de l’État. Un cercle vicieux qui affaiblit encore davantage la légitimité des Forces armées maliennes.

Une justice militaire défaillante : entre lenteur et détentions abusives

Le procès de Sévaré, présenté comme un acte de transparence, met en lumière les failles criantes du système judiciaire militaire. Les retards chroniques des audiences, justifiés par l’insécurité, le manque de magistrats ou l’éloignement géographique, entraînent des détentions provisoires abusives.

Certains prévenus attendent des années en prison avant d’être jugés, une situation dénoncée par le Barreau malien. Une justice à bout de souffle qui peine à inspirer confiance.

Un appel urgent à la réforme pour sauver l’institution

Pour le colonel Assimi Goïta et le commandement suprême, ce procès ne doit pas être perçu comme une simple opération de nettoyage. Il s’agit d’un avertissement sévère : aucune stratégie militaire ne peut réussir si la chaîne de commandement tolère le détournement d’armes vers l’ennemi, si la discipline s’effrite et si la justice fonctionne de manière erratique.

Avant de demander la confiance de la population, l’appareil de défense malien doit d’abord restaurer son intégrité et mettre fin aux dysfonctionnements qui minent sa crédibilité.

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A propos Harouna Traoré

Journaliste
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