Justice en rdc : pourquoi l’impunité des crimes de guerre menace-t-elle l’avenir du pays ?

Écouter cet articleEnviron 6 min

Justice en RDC : pourquoi l’impunité des crimes de guerre menace-t-elle l’avenir du pays ?

Comment briser le cycle de la violence sans justice ? En République démocratique du Congo, des décennies de conflits ont laissé des millions de victimes en quête de réparation. Pourtant, l’impunité des auteurs présumés de crimes de guerre persiste, malgré les appels croissants de la société civile. Une campagne ambitieuse, portée par une organisation internationale, tente désormais de faire bouger les lignes.

Des personnes déplacées par les combats entre les rebelles du M23 et les forces gouvernementales à Goma, en République démocratique du Congo.

Une pétition historique : six millions de voix pour la justice

L’initiative « 6 millions de voix pour la justice au Congo », portée par Amnesty International, vise à recueillir six millions de signatures. Ce chiffre symbolique correspond au nombre estimé de victimes des conflits qui ont endeuillé l’est de la RDC depuis plus de trente ans. L’objectif ? Exiger que les responsables présumés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité rendent des comptes devant la justice.

Cette mobilisation citoyenne s’appuie sur un constat accablant : malgré les promesses des autorités, l’impunité reste la règle. Les victimes, des milliers de personnes déplacées aux familles endeuillées, demandent réparation et reconnaissent pour certains, comme Noël Chiza, une vie entière marquée par la violence.

« Nous sommes nés en guerre » : le témoignage d’une génération sacrifiée

À Goma, dans le quartier de Kasika, Noël Chiza, 37 ans, incarne l’histoire tragique de millions de Congolais. Père de cinq enfants, il n’a jamais connu un jour de paix. Ses paroles résonnent comme un cri d’alerte :

« Nous sommes nés en guerre, nous grandissons en guerre, nous avons vécu des atrocités de tout genre et nous risquons même de mourir en guerre. C’est pourquoi nous ne pouvons pas continuer à récompenser ceux qui ont commis des crimes en les intégrant dans les institutions, que ce soit au niveau local ou national. »

Son indignation est partagée par des milliers de citoyens qui voient des bourreaux occuper des postes de pouvoir sans jamais être tenus responsables de leurs actes. Cette intégration dans les institutions, perçue comme une insulte à la mémoire des victimes, alimente un sentiment d’injustice profonde.

Des membres du Mouvement du 23 mars (M23) à Uvira, en République démocratique du Congo, en janvier 2026.

Les victimes invisibles : quand le conflit brise des vies sans laisser de traces

Derrière les six millions de victimes estimées des conflits, des millions d’autres personnes continuent de subir les conséquences des violences. Josué Wallay, contraint de fuir sa région natale à l’est de la RDC, illustre cette réalité méconnue. Déplacé à Kinshasa, il décrit une existence brisée :

« Aujourd’hui, je suis déplacé à Kinshasa, loin de ma communauté et de mon cadre de vie, à cause des conflits qui sévissent dans l’est de la RDC. Ce déplacement n’est pas un choix de confort ; c’est une rupture avec mon environnement, mes habitudes, mes activités et une partie de ce qui donnait un sens à mon quotidien. Les conflits m’ont affecté à plusieurs niveaux. »

Son témoignage rappelle que la violence ne se mesure pas uniquement en vies perdues, mais aussi en vies brisées, en communautés détruites et en espoirs anéantis.

Justice et paix en RDC : un duo indissociable

Pour Raphaël Wakenge, défenseur des droits humains engagé dans la campagne, la lutte contre l’impunité est un impératif pour construire une paix durable. Il dénonce un système judiciaire affaibli par un double manque : celui de capacités et celui de volonté politique.

« La justice congolaise doit répondre aux victimes, notamment par des réparations, explique-t-il. Nous avons besoin de mécanismes concrets pour restaurer la dignité de ceux qui ont tout perdu. » L’appel s’adresse à tous ceux qui souhaitent soutenir la cause des victimes et contribuer à mettre fin à cette spirale de violence.

Amnesty International va plus loin en proposant que le 1er octobre soit reconnu comme la « Journée nationale de réflexion et d’action sur les crimes de droit international en RDC ». Une initiative symbolique pour rappeler l’urgence d’agir et la nécessité de rendre justice.

Un mouvement citoyen pour changer le cours de l’histoire

Cette campagne de mobilisation marque un tournant dans la lutte pour la justice en RDC. En s’appuyant sur la force des citoyens, elle crée une dynamique inédite pour exiger des comptes. Pourtant, les défis restent immenses :

  • La reconquête de la confiance dans un système judiciaire souvent perçu comme partial ou inefficace.
  • La pression internationale pour que les responsables présumés passent enfin devant la justice.
  • La protection des victimes et des témoins, souvent menacés après avoir dénoncé les crimes.

Alors que la RDC cherche à se reconstruire après des décennies de conflits, la question de la justice n’est plus seulement une affaire de droit. Elle est devenue une question de survie pour des millions de personnes et une condition sine qua non pour envisager un avenir apaisé.

La mobilisation en cours pourrait-elle enfin faire entendre la voix des sans-voix ? Une chose est sûre : sans justice, la paix ne sera qu’une illusion.

Abonnez-vous au fluxLes nouveaux articles directement dans votre lecteur de flux

A propos Harouna Traoré

Journaliste
Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés