Interdire les exportations de bétail au Mali : une mesure aveugle aux conséquences désastreuses ?

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Alors que les prix de la viande flambent au Mali, le gouvernement de Bamako envisage une solution choc : suspendre les exportations de bétail pendant six mois, voire plus. Si cette initiative pourrait apaiser temporairement les tensions sociales en rendant la viande plus accessible, elle risque surtout d’aggraver une économie déjà fragilisée, notamment un secteur clé comme l’élevage, qui représente près de 16 % du produit intérieur brut du pays.

Un secteur vital en première ligne

L’administration malienne mise sur cette interdiction temporaire pour réguler l’offre locale et calmer les prix. Pourtant, cette stratégie punitive risque de mettre à genoux les professionnels de la filière, déjà fragilisés par des coûts logistiques exorbitants et des marges de plus en plus étroites. Avec des exportations annuellement estimées à plus de 150 millions de dollars vers des pays voisins tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou la Guinée, les éleveurs malien pourraient subir un effondrement sans précédent de leurs revenus.

Des acteurs économiques dos au mur

Éleveurs, transporteurs et commerçants malien se retrouvent dans une impasse financière. En restreignant leur capacité à vendre leurs troupeaux à l’étranger, l’État les prive d’un débouché essentiel pour leur pérennité. Cette mesure intervient en effet dans un contexte déjà marqué par la flambée des coûts des aliments pour bétail et la hausse vertigineuse des prix des carburants, deux facteurs aggravants pour leur trésorerie.

Le retour du protectionnisme, une erreur stratégique

Plutôt que de s’attaquer aux causes profondes de la crise – désorganisation des chaînes de distribution, insécurité chronique sur les axes routiers et pression fiscale écrasante –, les autorités malien privilégient une réponse immédiate et simpliste. L’expérience économique démontre pourtant que les contrôles des prix et les restrictions commerciales mènent souvent à des pénuries, découragent les investisseurs et réduisent la compétitivité des entreprises locales.

Les vraies causes de la flambée des prix de la viande au Mali

La hausse des prix de la viande au Mali ne s’explique pas uniquement par un déséquilibre entre l’offre et la demande. Plusieurs facteurs structurels alimentent cette situation critique :

  • Des lourdeurs administratives étouffantes : les déplacements imposés des marchés à bétail ont perturbé les circuits d’approvisionnement et alourdi les frais de transport.
  • Des coûts d’intrants agricoles insoutenables : le prix des aliments pour bétail, comme les tourteaux, a explosé, minant la rentabilité des élevages.
  • Une insécurité routière alarmante : les routes reliant le Mali à ses voisins, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, sont de plus en plus险阻, ce qui renchérit les coûts logistiques et les prix finaux.
  • Une inflation débridée : la dépréciation du franc CFA et la hausse des prix des carburants amplifient les coûts de production et de distribution des produits carnés.

Une décision myope au détriment de l’avenir

Interdire les exportations de bétail expose le Mali à un risque majeur : celui de dissuader les investisseurs et d’entacher la réputation commerciale du pays. Comment les entrepreneurs locaux pourraient-ils envisager d’investir dans la modernisation de leurs élevages ou d’innover dans un cadre où leurs droits sont constamment remis en cause ? La stabilité juridique et la liberté d’entreprise sont pourtant des piliers essentiels pour attirer les capitaux et assurer une croissance durable.

Des pistes pour une solution durable

Plutôt que de recourir à des mesures drastiques, le Mali pourrait explorer des alternatives plus pérennes pour résoudre la crise de la viande :

  • Libéraliser les échanges régionaux : supprimer les restrictions aux exportations et renforcer les infrastructures logistiques pour réduire les frais de transport.
  • Sécuriser les axes commerciaux : lutter contre le banditisme et les prélèvements illégaux pour faciliter la circulation des marchandises.
  • Réduire la pression fiscale : alléger les taxes sur les intrants agricoles et les carburants pour soulager les éleveurs.
  • Améliorer l’efficacité des circuits de distribution : rationaliser l’organisation des marchés à bétail et instaurer une meilleure transparence des prix pour limiter les abus.

Un choix hasardeux aux effets incertains

Si l’interdiction des exportations de bétail peut apporter un répit éphémère aux consommateurs malien, elle risque d’aggraver la crise du secteur à moyen terme. En privant les acteurs locaux d’un marché lucratif, Bamako s’expose à des pénuries de viande futures, tout en repoussant les investisseurs potentiels. Pour briser ce cercle vicieux, il est impératif d’abandonner ces mesures d’urgence au profit de réformes structurelles capables de restaurer la confiance dans la filière et de stabiliser les prix sur le long terme.

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A propos Safiatou Sanou

Journaliste
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