Pourquoi l’armée congolaise interdit-elle désormais les smartphones aux soldats ?
L’état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) vient d’instaurer une règle stricte : interdiction totale d’utiliser des smartphones sur les zones opérationnelles. Cette décision s’inscrit dans une logique de préservation de la sécurité des troupes, après une série d’échecs militaires dans l’Est du pays. Les autorités militaires estiment que l’utilisation non contrôlée des téléphones portables a compromis plusieurs missions, en révélant des positions stratégiques aux groupes armés adverses.
Dans les territoires de Fizi, Uvira et Mwenga, au Sud-Kivu, les combats opposent toujours la coalition FARDC-Wazalendo, soutenue par l’armée burundaise, aux groupes rebelles comme l’AFC/M23–Twirwaneho, qui bénéficierait, selon les observations onusiennes, du soutien de l’armée rwandaise. Dans ce contexte, chaque erreur de communication peut s’avérer fatale.
Les risques majeurs liés à l’usage des téléphones en zone de combat
Le porte-parole intérimaire des FARDC, le lieutenant-colonel Mak Hazukay, a détaillé les dangers encourus :
- Localisation des positions : un téléphone allumé ou utilisé imprudemment peut trahir la localisation des unités, les exposant à des tirs ennemis ou à des embuscades.
- Fuites d’informations sensibles : partage de déplacements, effectifs, missions ou images des opérations via les réseaux sociaux ou messageries, facilitant la planification d’attaques par l’adversaire.
- Trahisons internes : certains militaires auraient utilisé leurs appareils pour communiquer avec des ennemis de la RDC, transmettant des consignes ou des informations critiques.
Un sous-lieutenant des FARDC, ayant requis l’anonymat, témoigne :
« Je gardais mon téléphone pour rester en contact avec ma famille, un besoin vital pour moi. Mais je comprends désormais que chaque appel ou message peut devenir une menace. Si l’ordre est donné, nous obéirons, à condition que la hiérarchie améliore aussi les conditions de repli, souvent trop risquées et désorganisées. »
Une mesure saluée par la société civile et les défenseurs des droits humains
Kelvin Bwija, coordonnateur de la Socico (Société civile du Congo) à Uvira, se félicite de cette initiative :
« Cette interdiction est une avancée majeure. Certains militaires des FARDC communiquaient sciemment avec des ennemis de la RDC, transmettant des informations stratégiques. En tant que société civile, nous soutenons pleinement cette décision. »
Maître Aimé Bisimwa, défenseur des droits humains, rappelle l’obligation de discipline des militaires :
« Un soldat ne doit jamais révéler sa position, où qu’il se trouve. Le téléphone est un outil indispensable dans la vie civile, mais en zone de guerre, la discrétion prime. Leur engagement implique des sacrifices, y compris celui de la communication. »
Un défi opérationnel et logistique
Malgré des combats intenses dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, cette mesure devrait permettre de limiter les risques de trahison et d’améliorer la coordination des opérations. Les FARDC appellent désormais leurs troupes à une discipline exemplaire, tout en espérant que cette règle sera strictement appliquée sur le terrain.
Les combats entre la coalition gouvernementale et les groupes rebelles soutenus par des armées étrangères continuent de faire rage, mais l’armée congolaise mise sur cette interdiction pour inverser la tendance et sécuriser davantage ses positions.
