hausse des prix de la volaille à Ati : un défi pour les tchadiens
Au cœur de la province du Batha, la ville d’Ati subit de plein fouet la hausse vertigineuse des prix de la volaille. Éleveurs, commerçants et consommateurs subissent les conséquences d’une inflation qui fragilise l’équilibre économique local et menace la sécurité alimentaire des familles.
Marché d’Ati en tension : des étals moins fournis et des prix en flèche
Le marché central d’Ati, autrefois animé par un commerce dynamique de volailles, affiche aujourd’hui un visage bien différent. Les cages, autrefois remplies de poulets et de pintades, se font plus clairsemées. Les clients, moins nombreux, négocient âprement avant de repartir souvent les mains vides. En quelques mois seulement, les tarifs de la volaille ont grimpé de manière spectaculaire, bouleversant les habitudes de consommation des ménages tchadiens.
Un poulet, autrefois accessible entre 6 000 et 8 000 FCFA, s’affiche désormais entre 10 000 et 15 000 FCFA. Les pintades et coqs suivent la même tendance, avec des hausses de prix frappant de 50 % à 100 % selon les périodes. Cette inflation coïncide avec l’approche des fêtes religieuses et des grands rassemblements familiaux, où la demande explose habituellement.
Les familles tchadiennes contraintes de revoir leurs priorités alimentaires
Pour de nombreuses familles, l’achat régulier de volaille est devenu un luxe inabordable. La hausse des prix s’ajoute à un contexte économique déjà tendu, réduisant encore davantage le pouvoir d’achat des Tchadiens. « Avant, nous préparions un poulet chaque semaine pour les enfants. Aujourd’hui, c’est devenu un événement exceptionnel. Nous nous tournons vers des aliments moins coûteux pour joindre les deux bouts », confie Amina Mahamat, mère de famille croisée sur le marché d’Ati.
Cette situation a des répercussions directes sur la qualité de l’alimentation. La volaille, principale source de protéines animales pour des milliers de foyers, est progressivement remplacée par des alternatives moins nutritives mais plus abordables. Une dégradation qui inquiète particulièrement les acteurs de la santé publique.
Commerçants et restaurateurs sous pression : des revenus en baisse malgré la hausse des prix
Du côté des vendeurs, la situation est paradoxale. Malgré l’augmentation des tarifs, les revenus ne suivent pas. Les clients dépensent moins et les ventes chutent. « Nous augmentons les prix, mais cela ne se traduit pas par des bénéfices supplémentaires. Les acheteurs se font rares, et certains repartent sans rien acheter », explique Issa Hassan, commerçant depuis plus de dix ans.
Les restaurateurs et vendeurs de grillades subissent également de plein fouet cette crise. Pour maintenir leur activité, beaucoup sont contraints d’augmenter le prix de leurs plats ou de réduire les portions servies, au risque de perdre une partie de leur clientèle fidèle.Les éleveurs d’Ati : entre coûts explosifs et difficultés structurelles
Si les consommateurs dénoncent les prix élevés, les éleveurs soulignent une réalité tout aussi difficile. Leurs charges ont explosé : aliments pour volailles, produits vétérinaires et coûts de transport ne cessent de grimper. S’ajoutent à cela des défis structurels comme le manque de pâturages, la rareté de l’eau pendant certaines périodes et les épidémies qui déciment parfois les élevages. « Nos dépenses augmentent chaque mois. Nous devons vendre plus cher pour couvrir nos coûts, mais cela ne garantit pas des profits », témoigne Abakar Abdoulaye, éleveur dans la région d’Ati.
Une économie locale en péril : tous les secteurs touchés
La flambée des prix de la volaille ne touche pas seulement les consommateurs finaux. Toute la chaîne économique locale en subit les conséquences. Transporteurs, revendeurs d’aliments pour animaux, restaurateurs et petits commerçants voient leurs activités ralentir dangereusement.
Selon des estimations locales, les ventes de volailles auraient chuté de 20 à 30 % par rapport à l’année précédente, un chiffre qui reste à confirmer par des données officielles. Pour les économistes, une baisse de la consommation se répercute inévitablement sur les revenus des ménages et les recettes des petits commerçants, fragilisant davantage l’économie locale.
Des pistes pour relancer la filière avicole
Face à cette situation critique, plusieurs acteurs locaux appellent à une intervention urgente des autorités et des partenaires de développement. Parmi les solutions proposées :
- Un meilleur accès à des aliments pour volailles à des tarifs abordables ;
- Le renforcement des services vétérinaires et des campagnes de vaccination ;
- Des facilités de financement pour les petits éleveurs ;
- Un accompagnement technique pour améliorer la productivité locale.
Ces mesures pourraient permettre d’augmenter l’offre de volailles, stabiliser les prix et renforcer la sécurité alimentaire dans la province du Batha.
Un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire du Tchad
La hausse des prix de la volaille à Ati illustre les défis auxquels sont confrontées les populations tchadiennes face à l’inflation généralisée. Sans réponse adaptée, cette situation risque d’aggraver la précarité des ménages et de freiner le développement économique local.
Pour de nombreux habitants, l’accès à une alimentation équilibrée devient un combat quotidien. La maîtrise des prix des produits de première nécessité s’impose désormais comme une priorité absolue pour les autorités locales et nationales.
