Le Gabon mise sur des projets ambitieux pour renforcer sa sécurité alimentaire, mais une question persiste : pourquoi les initiatives locales ne bénéficient-elles pas de la même attention que les investissements étrangers ? L’arrivée du groupe guinéen SONOCO, annoncé pour produire 15 millions de poulets par an, a relancé un débat crucial sur la place accordée aux entrepreneurs gabonais dans la stratégie nationale. Entre promesses politiques et réalités économiques, le projet de la SOGADA, acteur historique de l’agro-industrie, illustre les défis d’une souveraineté alimentaire durable.
Les autorités gabonaises soulignent l’importance de réduire les importations alimentaires, un objectif légitime dans un pays où une partie significative des besoins reste dépendante de l’étranger. Le projet SONOCO s’inscrit dans cette dynamique, avec une production annuelle prévue de plus de 15 millions de poulets de chair. Cependant, derrière cette annonce, un autre acteur local, la SOGADA, interroge sur la cohérence d’une politique économique qui met parfois en retrait ceux qui ont déjà investi dans le secteur.
La SOGADA, un modèle d’autonomie alimentaire déjà en marche
Fondée en 2013, la SOGADA incarne une approche intégrée de l’agro-industrie gabonaise. Implantée à Meyang, à proximité de Libreville, cette entreprise privée a investi plus de 16 milliards de francs CFA sur plus de 160 hectares. Son activité ne se limite pas à l’élevage de volailles : elle couvre la production d’œufs, l’élevage porcin, la transformation de produits locaux et même la fabrication d’emballages dédiés aux œufs. En cela, elle répond exactement aux attentes d’une filière agricole structurée et autonome.
Investissements locaux vs. attractivité étrangère : le déséquilibre des priorités
Le contraste entre les projets existants et les nouvelles initiatives soulève une interrogation politique majeure. La SOGADA produit déjà, emploie des Gabonais, paie ses impôts et contribue activement à la réduction des importations. Pourtant, son rôle dans le discours officiel semble moins visible que celui des investisseurs étrangers. Une politique de souveraineté économique cohérente devrait naturellement privilégier ceux qui ont pris des risques dès les premiers instants, sans attendre que le secteur ne devienne « stratégique ».
La souveraineté économique, un enjeu de crédibilité pour le Gabon
Ce débat dépasse largement le secteur avicole. Il interroge la vision globale du développement gabonais. Les pays ayant réussi leur transformation économique, comme la Corée du Sud, le Maroc ou le Rwanda, ont tous suivi une logique similaire : soutenir leurs entreprises nationales avant d’attirer des investisseurs étrangers. Au Gabon, pourquoi les acteurs locaux, qui ont démontré leur engagement depuis plus d’une décennie, ne bénéficient-ils pas d’un accompagnement équivalent à celui réservé aux nouveaux venus ?
La souveraineté économique ne se limite pas à l’origine géographique de la production. Elle repose sur la capacité d’un pays à faire émerger ses propres champions, à les financer, à les protéger et à leur offrir un environnement propice à leur croissance. Une Nation qui néglige ses entrepreneurs locaux risque de voir son développement importé autant que ses produits.
SONOCO et SOGADA : deux approches complémentaires ?
Personne ne remet en cause les bénéfices potentiels du projet SONOCO. S’il atteint ses objectifs, le Gabon pourrait réduire ses importations de volaille et générer des milliers d’emplois. Mais l’enjeu véritable réside ailleurs : s’agit-il simplement d’accueillir des investisseurs capables de produire sur place, ou bien de construire une filière nationale durable, portée par des acteurs gabonais ?
La SOGADA n’est pas une simple entreprise agricole. C’est la preuve vivante qu’il existe au Gabon des entrepreneurs capables d’investir massivement, de prendre des risques et de bâtir des filières entières. La question n’est donc pas de savoir pourquoi SONOCO s’installe au Gabon, mais pourquoi ceux qui ont déjà fait leurs preuves attendent encore que l’État les reconnaisse comme les piliers de l’autonomie alimentaire du pays. Une souveraineté économique crédible se construit d’abord en faisant confiance à ses propres bâtisseurs.
