Au Gabon, la justice a remis en liberté un ancien ministre du gouvernement de transition dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema, après six mois de détention préventive et le versement d’une somme de dix milliards de francs CFA. La décision, rendue par la chambre d’accusation de Libreville, concerne également plusieurs co-accusés poursuivis dans la même procédure pour détournement présumé de fonds publics.
Le dossier illustre une pratique désormais familière au Gabon post-transition : la restitution financière comme condition d’élargissement. En contrepartie de leur sortie de la maison d’arrêt centrale de Libreville, l’ancien membre du gouvernement et ses co-prévenus ont accepté de verser une enveloppe globale de dix milliards de francs CFA, soit environ quinze millions d’euros.
Les personnalités concernées avaient été interpellées puis écrouées dans le cadre d’une enquête ouverte pour détournement de deniers publics, une infraction qui relève de la nouvelle Cour spéciale mise en place par les autorités de transition. La détention préventive aura duré six mois, période durant laquelle plusieurs auditions ont été conduites par la brigade de recherches et par les magistrats instructeurs.
Depuis le renversement d’Ali Bongo Ondimba le 30 août 2023, le président Brice Oligui Nguema a fait de l’assainissement des finances publiques un pilier de sa communication politique. L’opération dite Scorpion, lancée dans la foulée de la prise de pouvoir, a conduit à l’interpellation de dizaines de responsables issus de l’ancien régime, mais aussi, plus récemment, de figures ayant brièvement servi la transition.
Sur le papier, la fermeté affichée à Libreville a séduit une partie des bailleurs et des observateurs régionaux. Concrètement, la multiplication des sorties de détention contre paiement soulève des interrogations sur la finalité réelle du dispositif.
Plusieurs juristes locaux relèvent que ces transactions ne figurent pas explicitement dans le code pénal gabonais tel qu’il s’applique aux crimes économiques les plus lourds. Leur usage relève d’une pratique prétorienne, tolérée par le parquet et validée par la chambre d’accusation.
Un signal ambigu pour les investisseurs et les partenaires
Pour les partenaires économiques du Gabon, membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le signal est double. D’un côté, les autorités démontrent leur capacité à récupérer des sommes substantielles auprès de personnalités mises en cause, alimentant un discours de rigueur budgétaire.
Chaque affaire tranchée dans le silence contribue à brouiller cette lecture, alors même que le pays s’efforce de sortir du régime de sanctions politiques imposé par certaines organisations régionales après le coup d’État.
