Le président Faye met fin aux fonctions d’Ousmane Sonko : un séisme politique au Sénégal
Dans un décret rendu public en fin de soirée, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a « mis fin aux fonctions » d’Ousmane Sonko, Premier ministre et figure politique majeure du pays. Cette décision, annoncée par le secrétaire général de la présidence Oumar Samba Ba à la télévision nationale, s’accompagne de la dissolution du gouvernement. Les membres sortants sont désormais chargés de gérer les affaires courantes en attendant la formation d’une nouvelle équipe.
Cette rupture brutale survient après des mois de tensions persistantes entre les deux hommes, dont les divergences politiques sont devenues insurmontables. Ousmane Sonko, autrefois mentor du chef de l’État, avait joué un rôle clé dans l’accession au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, après avoir été lui-même empêché de se présenter à l’élection présidentielle de février 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques.
Un parcours politique marqué par des luttes et des soutiens populaires
Ousmane Sonko, ancien opposant farouche au président Macky Sall, avait su fédérer une jeunesse sénégalaise en quête de changement. Son discours panafricaniste et son engagement en faveur des classes défavorisées avaient suscité une ferveur populaire sans précédent, notamment lors des manifestations contre le projet de troisième mandat de Macky Sall. Son influence avait été déterminante pour propulser le tandem Faye-Sonko au sommet de l’État.
Cependant, depuis l’investiture de Bassirou Diomaye Faye en avril 2024, les relations entre les deux hommes se sont progressivement dégradées. Leur collaboration, autrefois présentée comme un symbole d’unité, a laissé place à des désaccords profonds sur la gouvernance et les orientations politiques du pays. Le parti de Sonko, majoritaire à l’Assemblée nationale depuis les législatives de novembre 2024, avait encore renforcé sa position, rendant la cohabitation de plus en plus tendue.
Réactions immédiates et tensions sociales
Dès l’annonce du limogeage, Ousmane Sonko a réagi sur les réseaux sociaux en déclarant : « Alhamdoulillah. Ce soir, je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui ». Son domicile dakarois a rapidement été envahi par des partisans, scandant son nom et manifestant leur soutien. Ces images, diffusées en direct, illustrent l’ampleur de l’engouement que suscite encore ce leader charismatique auprès d’une partie de la population.
Les mois précédents avaient déjà été marqués par des signes avant-coureurs de cette crise. Les observateurs politiques notaient une détérioration progressive des relations entre le président et son Premier ministre, au point que toute perspective de collaboration constructive semblait compromise.
Un gouvernement en transition : quelles conséquences ?
L’intérim gouvernemental, confié aux membres sortants, laisse entrevoir une période de transition potentiellement instable. La formation d’un nouveau cabinet pourrait s’avérer complexe, dans un contexte où les équilibres politiques restent fragiles. Le parti de Sonko, toujours dominant à l’Assemblée, pourrait en effet jouer un rôle clé dans les prochaines étapes, notamment si des tensions devaient émerger autour de la nomination du successeur.
Cette décision, perçue comme un tournant par de nombreux analystes, soulève des questions sur l’avenir politique du Sénégal. Alors que le pays traverse une phase de profonde transformation, la gestion de cette transition sera déterminante pour la stabilité institutionnelle et la cohésion sociale.
© SEYLLOU, AFP
