Évolution diplomatique au Sahel : les nouvelles stratégies de l’UE et des États-Unis

Le paysage diplomatique en Afrique de l’Ouest connaît des ajustements significatifs. Récemment, le département d’État des États-Unis a officialisé un partenariat de cinq ans avec le Burkina Faso, assorti d’une enveloppe de 147 millions de dollars. Ce financement massif est spécifiquement fléché vers la lutte contre le sida sur le territoire burkinabè.

Parallèlement, Washington a manifesté une forme de reconnaissance de la souveraineté du Niger lors d’un échange téléphonique avec Ali Mahamane Zeine, le Premier ministre de la transition. Ces signaux interviennent alors que Joao Cravinho, l’envoyé spécial de l’Union européenne pour le Sahel, s’est rendu à Bamako malgré les tensions persistantes avec les autorités maliennes.

​Les dirigeants des pays membres de l'AES à Niamey le 6 juillet 2024

Un dégel diplomatique encore fragile

Selon Francis Kpatindé, maître de conférences à Sciences-Po Paris, il convient de rester prudent. Si l’on observe un léger frémissement dans les relations entre les puissances occidentales et les pays de l’AES (Alliance des États du Sahel), le climat reste marqué par une certaine froideur. « Il ne s’agit pas encore d’un rapprochement total, car les liens demeurent limités », souligne l’expert.

L’intérêt renouvelé des États-Unis pour le Burkina Faso, notamment à travers la coopération sanitaire, illustre une volonté de ne pas rompre les ponts. Pour les puissances occidentales, l’enjeu est double :

  • Sécurité : Maintenir un soutien humanitaire et sécuritaire pour éviter que l’instabilité ne se propage globalement.
  • Ressources : Préserver un accès aux richesses minières stratégiques, comme l’uranium au Niger ou l’or au Mali et au Burkina Faso.

Vers une diplomatie bilatérale plutôt que régionale

L’Union européenne semble délaisser sa stratégie régionale globale pour privilégier une approche pays par pays. Dans ce contexte, l’Allemagne parvient à maintenir d’excellentes relations avec plusieurs nations sahéliennes, contrairement à la France, dont le passé de puissance coloniale complique les échanges avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Cette nouvelle donne permet à des pays comme l’Allemagne ou la Hongrie de servir de relais diplomatiques. Ces passerelles offrent à Paris une opportunité indirecte de conserver un contact minimal avec les capitales du Sahel, en utilisant les canaux de ses partenaires européens.