Une défaite empreinte d’une amère cruauté. C’est ainsi que l’on peut décrire l’élimination de la Suisse en quarts de finale de la Coupe du Monde 2026. Malgré un combat acharné, les hommes de Murat Yakin se sont inclinés 3-1 après prolongations face à l’Argentine. Cette rencontre restera marquée par un tournant décisif : l’expulsion de Breel Embolo, survenue alors que la Suisse évoluait à dix contre onze dès la 72e minute, un événement qui ne manquera pas de susciter de vifs débats.
Les regrets ressentis à Kansas City seront probablement plus profonds encore que ceux vécus à São Paulo douze ans plus tôt, lors des huitièmes de finale du Mondial. La Suisse a une nouvelle fois cédé face à l’Argentine, non sans avoir livré une bataille mémorable. Les buts de Julian Alvarez à la 112e minute et de Lautaro Martinez à la 120e+1 sont venus briser les espoirs d’une équipe qui semblait capable de l’emporter, n’eût été cet incident de jeu imprévu : l’expulsion d’Embolo, survenue juste après l’égalisation de Dan Ndoye à la 67e minute. À cet instant précis, nombreux étaient ceux qui croyaient à un renversement de situation en faveur de la Suisse. Mais l’Albiceleste, habituée aux scénarios miraculeux, poursuit sa quête d’un deuxième sacre consécutif. Bien avant ce dénouement déchirant, la Suisse avait pourtant débuté la rencontre avec aplomb. Néanmoins, après seulement dix minutes, c’est l’Argentine qui prenait l’avantage. Le coupable ? Lionel Messi, dont le corner parfaitement tiré trouvait la tête d’Alexis Mac Allister. Il ne manquait que quelques centimètres à Djibril Sow, titularisé par Murat Yakin, pour empêcher le milieu argentin de tromper Gregor Kobel à la 10e minute.
La Suisse, longtemps dominatrice
Privée de Johan Manzambi, l’équipe dirigée par Yakin a longtemps manqué d’efficacité offensive, un constat similaire à son huitième de finale contre la Colombie. À la mi-temps, elle n’affichait qu’un seul tir cadré malgré une nette domination territoriale : une frappe de Sow aux abords de la surface, facilement captée par Emiliano Martinez à la 20e minute. La seule véritable alerte pour l’Albiceleste fut une poussée de Lisandro Martinez dans le dos d’Embolo, non sanctionnée d’un penalty à la 31e minute.
Le retour des vestiaires a marqué un tournant. La Suisse s’est montrée de plus en plus entreprenante, affichant une domination franche et devenant enfin dangereuse. Profitant des espaces laissés par les Argentins, elle a mis à l’épreuve les réflexes de Martinez. D’abord avec deux têtes d’Embolo, bien maîtrisées par le portier argentin (60e, 65e), puis par une frappe lointaine et rasante de Xhaka à la 66e minute.
C’est finalement Dan Ndoye qui a apporté la lumière. Servi par Xhaka sur le flanc gauche, le joueur Vaudois a admirablement combiné avec Ricardo Rodriguez. Après un une-deux parfait, il ajustait Martinez du pied droit à la 67e minute. La Suisse égalisait, une récompense amplement méritée.
Les larmes d’Embolo
Alors que la Suisse semblait avoir le vent en poupe, un coup du sort est venu briser son élan. L’action paraissait anodine : au milieu de terrain, Embolo chutait après un contact avec Leandro Paredes, et l’Argentin était averti. Cependant, la simulation de l’attaquant bâlois, qui avait amorcé sa chute avant même le contact, n’a pas échappé à l’œil vigilant de la VAR. Le système, capable désormais d’alerter l’arbitre en cas d’erreur sur un carton jaune, a incité M. Pinheiro à revenir sur sa décision. Ce dernier a finalement sanctionné Embolo pour simulation. Or, le numéro 7 avait déjà reçu un avertissement avant la mi-temps. Le résultat fut sans appel : carton rouge.
Dévasté, Embolo a dû quitter la pelouse en larmes, consolé par ses coéquipiers. Ce carton rouge était d’autant plus cruel qu’Amdouni était en train d’enlever sa chasuble, probablement pour le remplacer. Mais le changement n’a pas eu lieu, et la Suisse allait devoir terminer la rencontre à dix.
Malgré cette infériorité numérique, l’équipe helvète a héroïquement tenu trente minutes pour arracher les prolongations, regroupée en un solide 5-3-1. Les Argentins ont eu deux occasions majeures durant cette période : un tir de Messi du pied droit frôlant le poteau de Kobel (90e+2) et une autre tentative de Lisandro Martinez, bien captée par le gardien suisse (90e+9).
Alvarez libère le stade
Héroïque jusqu’au bout, la Suisse a résisté pendant vingt-cinq minutes supplémentaires avant de finalement céder. Il a fallu un but splendide de Julian Alvarez pour vaincre un Kobel qui avait retardé l’échéance jusque-là. Alvarez a expédié le ballon dans la lucarne suisse, faisant rugir les dizaines de milliers de supporters argentins et brisant le rêve de toute la Suisse. Martinez a ensuite scellé le score en ajoutant le troisième but sur une ultime contre-attaque.
Malgré cette élimination, le bilan reste indéniablement positif pour cette équipe de Suisse, qui a atteint l’objectif qu’elle s’était fixé : réaliser la meilleure Coupe du Monde de son histoire. Atteindre les quarts de finale en remportant deux matchs à élimination directe constitue une performance inédite. La prochaine étape, tout aussi exigeante, sera de consolider sa position parmi les huit meilleures nations mondiales.
