L’arrestation suivie de l’incarcération, à la mi-août 2026, de deux professionnels de l’audiovisuel français sur le territoire togolais marque un tournant dans la politique de contrôle sécuritaire et la diplomatie de Lomé. Cette situation révèle une intensification des frictions entre le pouvoir togolais et la communauté internationale.
Sébastien Perez Pezzani et Gaël Mocaër, des journalistes et réalisateurs, ont été interpellés dans le nord du pays alors qu’ils étaient en plein tournage d’un documentaire. Ils ont depuis été inculpés et placés sous mandat de dépôt. Cette affaire, bien au-delà d’une simple infraction administrative, prend une dimension clairement politique.
Un prétexte administratif pour un contrôle sécuritaire renforcé
Les autorités togolaises justifient la détention des deux cinéastes par un non-respect des formalités d’accréditation et une violation des conditions de leur visa. Ces arguments s’inscrivent dans un contexte de surveillance accrue :
- Une région sous haute vigilance : Le nord du Togo est une zone sensible, régulièrement confrontée à des incursions de groupes armés provenant de la zone Sahel. Un état d’urgence sécuritaire y est en vigueur, imposant un encadrement strict de la diffusion d’informations et interdisant tout reportage non autorisé.
- Le précédent Thomas Dietrich : Cette approche rappelle l’arrestation et l’expulsion rapide du journaliste français Thomas Dietrich en avril 2024. Elle confirme la méfiance prononcée de Lomé envers la presse étrangère, souvent perçue comme un facteur de déstabilisation.
Ferdinand Ayité, un enjeu diplomatique ?
Au-delà de la stricte application des textes de loi, de nombreux observateurs et médias estiment que cette arrestation constitue un levier de pression stratégique activé par Lomé à l’égard de Paris :
- La quête des opposants en exil : Le régime du président Faure Gnassingbé pourrait chercher à utiliser la détention des deux Français pour obtenir des concessions de la part de la diplomatie française, notamment concernant le journaliste d’investigation togolais Ferdinand Ayité, réfugié en France et constamment visé par le pouvoir.
- Une diplomatie des otages médiatiques : En maintenant ces réalisateurs derrière les barreaux, Lomé semble vouloir inverser le rapport de force avec la France, au risque de ternir davantage son image sur la scène internationale.
La liberté de la presse étranglée au Togo
En s’en prenant à des journalistes internationaux après avoir muselé la presse indépendante locale, le régime de la Ve République togolaise réaffirme sa volonté de maîtriser le discours national. Tandis que les chancelleries s’activent en coulisses pour obtenir la libération et le rapatriement des deux réalisateurs, cette situation met en lumière les méthodes d’un pouvoir prêt à instrumentaliser la privation de liberté comme monnaie d’échange politique.
