Crise des fonds politiques au Sénégal : Sonko défie Diomaye Faye sur la transparence
Le Premier ministre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye s’affrontent publiquement sur l’avenir des fonds politiques, un dossier ancien qui resurgit au sommet de l’État. Entre promesses électorales et impératifs de transparence, cette divergence divise le gouvernement sénégalais.
Des divergences profondes sur la gestion des deniers publics
Ousmane Sonko, chef du gouvernement, n’a pas hésité à remettre en cause la position du président Bassirou Diomaye Faye concernant les fonds politiques. Selon lui, cette question, évoquée depuis 2019 dans son camp, nécessite une transparence absolue sans pour autant supprimer ces fonds. Une position qui contraste avec celle du chef de l’État, qui défend leur maintien au nom de la sécurité nationale et des obligations internationales.
Lors d’une intervention télévisée le 2 mai, Bassirou Diomaye Faye avait justifié l’opacité entourant ces fonds en déclarant : « Les dépenses liées aux fonds politiques ne peuvent être détaillées au grand public. » Il avait évoqué des impératifs de renseignement, de sécurité ainsi que des engagements diplomatiques et internes de l’État.
Sonko exige un contrôle strict, pas une suppression
Le Premier ministre a clairement affiché son désaccord avec le président, estimant que ce dernier s’était « trompé ». Pour Sonko, l’enjeu n’est pas l’élimination pure et simple de ces fonds, mais leur encadrement rigoureux, à l’image des pratiques observées en France. Il a rappelé que sa propre gestion à la Primature, où il supervise 1,77 milliard de fonds politiques, doit servir d’exemple.
« Les Sénégalais ne veulent pas que ces fonds servent de butin politique ou d’enrichissement personnel », a-t-il martelé, insistant sur l’obligation de contrôle de chaque franc du contribuable.
Un débat législatif en suspens
Ousmane Sonko a également pointé du doigt le processus législatif en cours. Il a critiqué l’initiative de Guy Marius Sagna, député, de déposer une proposition de loi sur le sujet. Pour le Premier ministre, cette démarche revenait à déléguer au législatif une promesse de l’exécutif.
« J’ai conseillé au président de ne pas laisser cette loi aux mains des députés », a-t-il confié. Sonko a annoncé qu’il soumettrait lui-même une proposition en conseil des ministres si le chef de l’État ne réagissait pas dans les délais impartis.
Transparence et principe : les fondements du conflit
Au cœur de cette crise, deux visions s’opposent : d’un côté, la nécessité de garantir la sécurité et les engagements internationaux, de l’autre, l’impératif démocratique de transparence. Pour le Premier ministre, aucun compromis n’est possible : « Ce sont des questions de principe. Aucun fonds public ne doit échapper au contrôle. » Une position qui pourrait redéfinir la gestion des ressources de l’État dans les mois à venir.
