Le premier congrès ordinaire du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), tenu à Abidjan, a vu la reconduction de Laurent Gbagbo à sa tête, ravivant les discussions sur la scène politique ivoirienne. Dans ce contexte, l’avocat Ange Rodrigue Dadjé a affirmé que les reproches faits au président Alassane Ouattara concernant sa persistance en politique n’avaient plus lieu d’être.
« Il n’est plus pertinent de critiquer le Président Ouattara pour sa décision de demeurer actif en politique, alors même qu’il avait exprimé son souhait de se retirer », a déclaré l’avocat Dadjé le 15 mai 2026. Cette prise de position a rapidement fait écho dans les sphères politiques et sur les plateformes numériques en Côte d’Ivoire.
Cette déclaration du juriste Dadjé s’inscrit dans une période où Laurent Gbagbo réaffirme pleinement son rôle central sur l’échiquier politique ivoirien. Contre toute attente, alors que plusieurs anticipaient un retrait progressif de l’ancien chef d’État, le congrès du PPA-CI a plébiscité son maintien à la direction du parti. Pourtant, quelques mois plus tôt, le 22 octobre 2025, Laurent Gbagbo avait confié au journaliste Alain Foka, lors d’une interview pour AFO Media, son intention de ne plus briguer de fonctions politiques après les législatives de décembre 2025, signalant un désir de prendre du recul.
« La retraite n’existe pas en politique, mais je ne briguerai plus de responsabilités, que ce soit au sein de mon parti ou au niveau de l’État. J’ai suffisamment œuvré », avait-il alors déclaré. Âgé de 81 ans et définitivement acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) en 2021, l’ancien président paraissait prêt à passer le relais à une nouvelle génération de leaders au sein du PPA-CI. Cependant, le premier congrès ordinaire de la formation, qui s’est déroulé à Abidjan les 14 et 15 mai 2026, a finalement orienté les choses différemment.
Devant une foule de militants et de cadres, Laurent Gbagbo a finalement choisi de poursuivre son engagement politique. « Je demeure pour le combat », a-t-il affirmé, déclenchant une ovation des congressistes et balayant ainsi les rumeurs de retraite. Cette résolution, selon de nombreux analystes, ravive inévitablement la discussion sur la longévité des figures emblématiques de la politique ivoirienne, en particulier celle d’Alassane Ouattara.
En 2020, le chef de l’État Alassane Ouattara avait déjà provoqué une intense controverse en déclarant sa candidature à un troisième mandat présidentiel, après avoir initialement évoqué un passage de flambeau à une génération plus jeune. L’opposition, y compris le PPA-CI de Laurent Gbagbo, avait alors fermement condamné ce changement de cap, le qualifiant de manquement à sa parole. Cependant, pour Ange Rodrigue Dadjé, l’évolution récente au sein du PPA-CI illustre que les impératifs politiques priment souvent sur les intentions initiales des dirigeants.
En juillet 2025, Alassane Ouattara avait officialisé sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025, visant un quatrième mandat. À 83 ans, il avait motivé ce choix par l’impératif d’assurer la stabilité nationale face aux enjeux sécuritaires et économiques régionaux. « Cette démarche, profondément méditée, constitue un devoir », avait-il précisé, soulignant agir pour « l’intérêt supérieur de la Nation ».
La réaffirmation du leadership de Laurent Gbagbo à la tête du PPA-CI redéfinit clairement les contours du débat politique en Côte d’Ivoire. Cette situation est perçue par beaucoup comme une preuve de l’influence des bases militantes et des dynamiques internes des partis sur les décisions des figures politiques, même après des annonces de retrait. Dans les cercles dirigeants comme au sein de l’opinion publique, une interrogation fondamentale resurgit : les personnalités politiques historiques peuvent-elles véritablement se retirer de la scène tant que leurs soutiens continuent de plébisciter leur présence ?
