Commission d’enquête au Sénégal : Ousmane Sonko et le casse-tête du programme universitaire

Entre 2024 et 2026, le ministère de l’Enseignement supérieur sénégalais a connu trois ministres successifs : Abdourahmane Diouf, Daouda Ngom et Boubacar Camara. Une instabilité qui s’ajoute aux questions soulevées sur la gestion du programme « Un étudiant, un ordinateur », lancé en 2017.
Six commissions d’enquête parlementaires sont prévues lors de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, convoquée le 10 août 2026. Parmi elles, celle dédiée aux irrégularités dans la gestion du programme « Un étudiant, un ordinateur », doté de 48 milliards de francs CFA. Mais derrière cette initiative se cache une question politique sensible : cette commission vise-t-elle, indirectement, l’ancien ministre Abdourahmane Diouf ?
Un dossier sous le feu des projecteurs depuis des mois
Dès novembre 2025, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, avait pointé des dysfonctionnements dans la gestion de certains programmes universitaires, notamment sous la responsabilité du ministère dirigé par Abdourahmane Diouf. Ce dernier, alors en poste, avait rétorqué en demandant aux députés de créer une commission d’enquête pour éclaircir ces affaires, citant notamment la construction de cinq lots universitaires. Il avait assumé sa part de responsabilité aux côtés du Premier ministre de l’époque.
Cependant, il est essentiel de rappeler que le ministère a connu une succession de trois ministres en deux ans seulement : Abdourahmane Diouf, puis Daouda Ngom, et enfin Boubacar Camara, en fonction depuis juin 2026. La commission d’enquête, qui couvre la période 2017-2026, englobe donc plusieurs mandats ministériels, rendant toute focalisation exclusive sur un seul titulaire délicate.
Une rivalité politique qui alimente les suspicions
L’annonce de cette commission intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Ousmane Sonko et Abdourahmane Diouf. Ce dernier, ancien membre du parti Awalé et allié initial de la coalition au pouvoir, a rejoint le parti Kiiraay – Les Patriotes républicains, soutenu par le président Bassirou Diomaye Faye. Cette rupture avec le mouvement Pastef, dirigé par Sonko, nourrit chez certains observateurs l’hypothèse d’un règlement de comptes déguisé en procédure parlementaire.
L’arrêté de convocation de la session extraordinaire ne mentionne aucun nom en particulier. La commission couvre l’ensemble de la décennie de gestion du programme, impliquant potentiellement plusieurs ministres et services du ministère. Aucun élément dans le texte officiel ne permet d’affirmer que Ousmane Sonko cherche spécifiquement à « traquer » son ancien collègue de gouvernement. Seuls les travaux de la commission et ses conclusions permettront de déterminer les responsabilités exactes dans ce programme évalué à 48 milliards de francs CFA.
