Depuis 2020, le Cameroun enregistre un rythme soutenu de 488 kilomètres de routes bitumées par an, un chiffre qui reflète l’engagement des autorités à transformer son réseau routier. Cette cadence, dévoilée par les responsables nationaux, s’inscrit dans une stratégie globale visant à combler le retard structurel en infrastructures, alors que les axes revêtus ne couvrent qu’une infime partie du territoire face aux besoins économiques et logistiques de la sous-région.
Un chantier routier qui redessine la carte nationale
Sur les cinq dernières années, ce programme a permis d’ajouter près de 2 928 kilomètres de chaussées asphaltées au réseau camerounais. Les projets en cours, portés par les ministères des Travaux publics et de l’Économie, ciblent des axes majeurs : liaisons interurbaines, pénétrantes urbaines et routes régionales. Le bitumage n’est pas qu’une question technique : il incarne une priorité politique et économique, cruciale pour l’accès aux zones agricoles productives, la fluidité des échanges transfrontaliers et la desserte des régions excentrées, notamment dans le Nord et l’Est du pays.
Malgré ces avancées, le linéaire asphalté reste insuffisant comparé aux standards de la CEMAC. Les retards accumulés sur certains projets financés par des bailleurs externes ont souvent freiné la dynamique, mais l’effort actuel marque une rupture avec le passé. Cependant, le défi persiste : maintenir ce rythme tout en améliorant la qualité des infrastructures existantes.
Les corridors routiers, piliers de l’économie régionale
Le Cameroun joue un rôle central dans le commerce sous-régional, notamment pour le Tchad et la République centrafricaine, deux pays enclavés dépendant du port de Douala. L’amélioration des corridors Douala-N’Djamena et Douala-Bangui est un levier essentiel pour réduire les coûts logistiques et optimiser les délais de transport. Les professionnels du secteur portuaire et les transporteurs soulignent l’impact direct de la qualité des routes sur leurs tarifs : des chaussées dégradées en saison des pluies alourdissent les frais opérationnels et fragilisent les marges des entreprises.
Cette dynamique s’aligne sur le plan de développement 2030, où la densification du réseau routier est un prérequis pour l’industrialisation. Les bassins agro-industriels du Sud-Ouest, du Littoral et du Nord comptent sur ces liaisons pour exporter leurs produits vers les marchés nationaux et internationaux. Par ailleurs, les investisseurs miniers et forestiers évaluent la qualité des infrastructures avant de s’engager, faisant de la connectivité routière un critère décisif pour l’attractivité économique.
Financement des routes : un équilibre fragile entre dette et croissance
Le financement des chantiers routiers repose sur un mix de ressources : budget national, prêts concessionnels de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, ainsi que des fonds chinois via la China Eximbank. Cette combinaison permet de mobiliser rapidement des capitaux importants, mais elle alourdit le service de la dette publique et impose une gestion rigoureuse des finances publiques pour préserver les marges de manœuvre futures.
La pérennité du modèle dépend aussi de la capacité du gouvernement à honorer ses engagements envers les entreprises adjudicataires, certaines ayant déjà pointé des retards de paiement. La question de l’entretien routier est tout aussi cruciale : sans un Fonds routier bien doté et une politique d’entretien préventif, les kilomètres bitumés se détériorent en cinq à sept ans, annulant les bénéfices des investissements initiaux. Les autorités ont annoncé des mesures pour renforcer les recettes, comme l’extension des péages et des prélèvements affectés, afin de sécuriser les fonds dédiés à l’entretien.
La question se pose désormais : ce rythme de 488 kilomètres par an est-il tenable à long terme, alors que les besoins en infrastructures secondaires, notamment dans les zones rurales, restent immenses ? Le Cameroun doit concilier ambition économique et rigueur budgétaire pour transformer son réseau routier en véritable levier de développement.
