Le Cameroun relance le recrutement dans la fonction publique avec l’ouverture de 2 090 postes pour l’année 2026, une décision annoncée par le ministre Joseph Lé. Cette mesure marque un tournant après quatre années de restrictions strictes visant à maîtriser la masse salariale de l’État. Bien que ce chiffre reste modeste comparé aux années pré-2021, il signe un relâchement significatif des contraintes budgétaires imposées jusqu’ici.
Santé et éducation, les secteurs prioritaires du recrutement 2026
La majorité des postes proposés en 2026 sont concentrés dans deux domaines stratégiques : la santé et l’éducation. Le secteur de la santé publique bénéficie d’un quota de 200 postes dédiés aux médecins spécialistes, une réponse aux besoins criants des hôpitaux camerounais en équipements et en compétences techniques. Dans le domaine de l’éducation, 1 000 places sont réservées aux enseignants recrutés sous le statut d’auditeurs libres, permettant à des diplômés en formation d’intégrer progressivement l’administration.
La répartition linguistique des postes illustre l’équilibre maintenu entre les deux sous-systèmes éducatifs, hérités du bilinguisme officiel. L’enseignement général francophone obtient 322 postes, tandis que l’enseignement anglophone en compte 285. Pour l’enseignement technique, 193 postes sont attribués au versant francophone contre 200 pour le versant anglophone. En dehors de ces deux secteurs, les volumes de recrutement restent limités, confirmant la persistance d’une logique de modération budgétaire pour les autres administrations.
Le seuil symbolique des 2 000 postes n’avait plus été atteint depuis 2023, année durant laquelle 2 235 recrutements avaient été autorisés. À l’époque, le ministre Joseph Lé avait justifié cette mesure par l’impérieuse nécessité de répondre aux besoins exprimés par les administrations dans le cadre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Une décennie de restrictions budgétaires dans la fonction publique
Le contraste avec la décennie précédente est frappant. En 2018, l’État camerounais avait ouvert 5 179 postes, suivi de 5 411 en 2019 et 3 700 en 2020. La tendance s’est inversée en 2021 avec seulement 1 536 postes, puis une chute à moins de 1 000 en 2022. En 2024, le nombre de postes ouverts avait à peine dépassé les 1 200, illustrant une politique de rigueur durable pour contenir les effectifs publics.
Cette réduction s’explique par un impératif économique : la masse salariale de l’État est passée de 706,1 milliards de FCFA en 2012 à 1 080,1 milliards en 2021, selon les données du ministère des Finances. Une augmentation de plus de 50 % en moins de dix ans, qui absorbe une part croissante des recettes fiscales et limite les capacités d’investissement public.
Les autorités pointent du doigt plusieurs catégories de personnel, notamment les enseignants du secondaire et les militaires, souvent recrutés en grand nombre. Le retour du recrutement des enseignants du secondaire, après deux à trois années de suspension, pourrait donc relancer la pression sur les dépenses de personnel dans les années à venir.
Le Cameroun dépasse toujours le plafond de la Cemac sur la masse salariale
La discipline budgétaire ne relève pas uniquement d’une décision nationale. Le Cameroun est soumis aux critères de surveillance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), qui limite à 35 % le ratio des dépenses de personnel par rapport aux recettes fiscales. Pourtant, ce seuil est régulièrement dépassé par Yaoundé.
Un constat partagé par l’ensemble des États membres. Dans son dernier rapport, la Cemac souligne qu’aucun des six pays de la zone n’a respecté en 2024 les normes concernant le taux de pression fiscale et la masse salariale. Pour le Cameroun, première économie de la région, le ratio est resté au-dessus du plafond communautaire, confirmant une contrainte budgétaire structurelle et persistante.
L’équilibre trouvé pour 2026 reflète cette réalité complexe. Il s’agit de répondre aux besoins urgents des services publics de santé et d’éducation tout en évitant une nouvelle escalade des dépenses salariales, sous le regard attentif des bailleurs multilatéraux. Alors que le pays poursuit son programme avec le Fonds monétaire international, cette décision représente à la fois une opportunité pour les candidats après cinq années de restrictions et un test pour l’exécutif dans sa capacité à concilier exigences sociales et rigueur financière.
