Burkina Faso : l’interdiction d’exportation du bétail menace les éleveurs à l’approche du ramadan

Alors que le Burkina Faso se prépare à célébrer le Ramadan, une période marquée par une consommation accrue, la décision récente du Capitaine Ibrahim Traoré d’interdire l’exportation du bétail s’impose comme un défi majeur pour les professionnels du secteur. Cette mesure, présentée comme un levier de régulation des prix internes, révèle une réalité complexe pour les éleveurs et commerçants locaux.

Une politique restrictive aux conséquences économiques lourdes

La Brigade Mobile de Contrôle Économique et de la Répression des Fraudes (BMCRF) a multiplié les interventions nocturnes, saisissant plusieurs remorques de bétail dans la nuit du 13 au 14 mai. Si ces actions sont saluées par les autorités, elles illustrent une rigidité administrative qui pèse lourdement sur une filière déjà sous tension. Le bétail, loin d’être une simple marchandise, représente un patrimoine vivant nécessitant des ressources constantes : eau, fourrage et soins, dont les coûts fluctuent selon les saisons.

En bloquant les exportations vers les marchés sous-régionaux, où la demande explose durant le mois de jeûne, le gouvernement prive les éleveurs de leurs revenus essentiels. Une décision qui intervient à un moment où ces derniers comptent sur leurs ventes pour faire face aux dépenses liées au Ramadan et aux fêtes qui suivent.

Un paradoxe religieux et social

Le Capitaine Ibrahim Traoré, dont la foi musulmane est de notoriété publique, incarne un paradoxe saisissant. Alors que l’Islam encourage l’équité et le soutien aux plus vulnérables, les mesures actuelles semblent en totale opposition avec les valeurs de partage et de solidarité prônées par cette religion. Le bétail, souvent considéré comme une épargne de précaution pour les familles, se transforme en une source de précarité pour des milliers de foyers.

L’interdiction d’exportation, bien que motivée par des impératifs économiques, néglige l’aspect social et religieux du Ramadan. Pour les familles de fidèles, le bétail représente bien plus qu’un simple bien commercial : il est le symbole d’une stabilité financière fragile, aujourd’hui menacée par des décrets perçus comme déconnectés des réalités du terrain.

Vers une économie informelle et des risques accrus

Face à l’asphyxie économique provoquée par cette mesure, les éleveurs se trouvent dans une impasse. Deux options s’offrent à eux : vendre à perte sur un marché intérieur déjà saturé ou tenter de contourner les restrictions pour exporter clandestinement. La BMCRF évoque une hausse des tentatives d’exportation illégale, signe d’un désespoir grandissant parmi les professionnels.

Cette situation interroge : peut-on prétendre à une souveraineté alimentaire durable en écrasant ceux qui en sont les premiers acteurs ? Si le contrôle des fraudes relève de la mission de l’État, l’absence de mesures d’accompagnement ou de flexibilité pour cette période charnière risque d’aggraver les tensions entre les populations rurales et les institutions de Ouagadougou. Une crise de confiance qui pourrait, à terme, fragiliser davantage un secteur déjà en difficulté.