Burkina Faso : l’enseignement supérieur peut-il survivre à la chasse aux dissidents ?

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Et si le vrai danger pour l’avenir du Burkina Faso venait d’une guerre intestine contre sa propre jeunesse étudiante ? Dans un coup de théâtre aussi brutal qu’inattendu, le ministre burkinabè de l’Enseignement supérieur a choisi d’excommunier publiquement des bacheliers de la diaspora pour avoir osé critiquer, ne serait-ce que timidement, les dysfonctionnements du système éducatif national. Une déclaration qui transforme les amphithéâtres en champs de bataille idéologique et pose une question vertigineuse : jusqu’où ira la répression de la pensée libre pour satisfaire les appétits d’un pouvoir en quête d’absolu ?

Quand un ministre transforme les amphis en tribunal révolutionnaire

À l’issue d’une cérémonie solennelle au ministère, le Pr Adjima Thiombiano n’a pas mesuré ses mots. Visiblement ulcéré par des publications étudiantes sur les réseaux sociaux, il a retourné l’argument de l’exil contre ceux qui le brandissaient : « Si vous n’aimez pas le Burkina Faso, retournez d’où vous venez. » Une sentence digne des pires heures de l’histoire politique africaine, où l’exil devient une punition pour le simple fait de penser différemment.

Cette sortie révèle une obsession inquiétante : pour le régime, la critique n’est plus un droit, mais un crime. Les étudiants de la diaspora, souvent formés dans les meilleures universités étrangères, sont désormais catalogués comme des « traîtres en puissance » parce qu’ils osent évaluer, avec lucidité, les défis de leur pays d’origine. Leurs remarques, perçues comme des « attaques », sont immédiatement requalifiées en actes de déstabilisation nationale.

La délation érigée en outil pédagogique

Le ton est donné : dans l’enceinte des établissements d’enseignement supérieur, il ne faudra plus seulement apprendre, mais surveiller. Le ministre a explicitement appelé les enseignants et le personnel administratif à jouer les « sentinelles » contre tout signe de rébellion intellectuelle. Une injonction qui rappelle furieusement les méthodes des régimes autoritaires, où chaque cours peut se muer en interrogatoire politique, et chaque débat en piège.

Cette stratégie installe un climat de paranoïa généralisée. Les étudiants les plus audacieux sont désormais identifiés, fichés, et risquent d’être ostracisés au sein même de leur propre alma mater. La peur de la dénonciation devient plus pesante que la quête de savoir. Comment étudier, innover ou simplement s’exprimer librement dans un tel environnement ?

La diaspora burkinabè : otage d’un nationalisme toxique

La rhétorique du ministre soulève une problématique cruciale : la nationalité burkinabè est-elle en train de devenir un privilège plutôt qu’un droit ? Les jeunes expatriés, souvent encouragés à revenir pour contribuer au développement du pays, sont aujourd’hui sommés de renoncer à toute opinion divergente. Une absurdité qui révèle un paradoxe glaçant : le Burkina Faso se prive ainsi des compétences et des perspectives globales que ces jeunes représentent.

Loin d’être des « ennemis de la patrie », ces étudiants sont souvent les plus à même d’identifier les failles du système éducatif. Leur expérience internationale leur permet de comparer, d’innover et de proposer des solutions. Or, en les sommant de se taire ou de partir, l’État burkinabè sacrifie une richesse humaine inestimable sur l’autel d’un nationalisme fermé et stérile.

Le Pacte NEKRÉ : une école sous surveillance ou un rêve de renaissance ?

Derrière cette chasse aux esprits libres se cache une initiative gouvernementale au nom évocateur : le « Pacte NEKRÉ ». Officiellement présenté comme une refonte ambitieuse du système éducatif, de l’école primaire à l’université, ce projet promet monts et merveilles. Pourtant, comment croire à une renaissance scolaire quand le débat contradictoire est étouffé dans l’œuf ?

L’histoire des grands systèmes éducatifs de par le monde témoigne d’une vérité simple : les universités qui ont émergé ou prospéré sont celles qui ont su accueillir et stimuler la pensée critique. En voulant transformer les campus en casernes idéologiques, le gouvernement burkinabè prend le risque de produire des générations de « robots patriotiques » plutôt que des citoyens éclairés et indépendants. Une école qui craint ses étudiants est une école qui a déjà échoué.

Éducation sous contrainte : quel avenir pour la jeunesse burkinabè ?

La liberté académique est-elle condamnée à disparaître au Burkina Faso au profit d’un endoctrinement d’État ? Entre la répression des voix critiques et l’obsession sécuritaire, le régime semble avoir choisi une voie sans issue. En muselant sa jeunesse, il hypothèque non seulement son présent, mais aussi son avenir. Car une nation qui refuse le dialogue et la diversité des opinions se condamne à stagner, voire à régresser.

Les étudiants de la diaspora, en première ligne de cette tourmente, incarnent pourtant la promesse d’un Burkina Faso moderne, ouvert et compétitif. Leur exclusion symbolique envoie un signal dangereux : le pays préfère la soumission à la réflexion, l’uniformité à l’innovation. Pourtant, c’est bien cette jeunesse qui porte en elle les clés d’une renaissance authentique. À moins que l’histoire ne se souvienne un jour de ce moment comme d’une occasion manquée, irrémédiablement perdue.

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A propos Safiatou Sanou

Journaliste Société & Droits Humains à Zone AES. Attachée aux réalités vécues par les populations, Safiatou Sanou couvre les initiatives communautaires, l'accès à l'éducation et la solidarité sahélienne, en donnant une voix aux acteurs du terrain.
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