Bénin : comment l’agriculture est devenue le moteur de la croissance

Une révolution agricole sans précédent

Depuis 2016, le Bénin connaît une transformation majeure de son secteur agricole, autrefois considéré comme un simple secteur de subsistance. Grâce à une politique agricole ambitieuse, marquée par des subventions ciblées, une mécanisation intensive et une gestion rigoureuse des terres, le pays affiche désormais des records de production dans plusieurs filières. Cette révolution agricole positionne l’agriculture béninoise comme le principal levier de la croissance économique et un pilier de la sécurité alimentaire.

Des records de production dans les filières clés

Les campagnes béninoises ont connu une hausse spectaculaire des rendements agricoles, illustrant l’efficacité des réformes engagées. Voici les principaux progrès réalisés :

Maïs : l’autosuffisance enfin atteinte

En 2016, la production nationale de maïs stagnait à moins de 1,3 million de tonnes. En 2025, elle atteint 2,5 millions de tonnes, couvrant largement les besoins internes estimés à 1 million de tonnes. Cependant, cette surproduction pose la question de la gestion des flux transfrontaliers pour éviter une baisse des prix locaux.

Soja : une filière en pleine industrialisation

Partie de 140 000 tonnes en 2016, la production de soja a été multipliée par plus de 4,3 pour atteindre 606 016 tonnes en 2024-2025. Cette hausse fulgurante alimente les usines de transformation de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) et ouvre des perspectives d’exportation.

Riz : la production décuplée

Le riz paddy, autrefois produit à 204 000 tonnes avant 2016, a vu sa production s’envoler à 525 000 tonnes en 2022 puis à 1 million de tonnes en 2025.

Coton : le fleuron toujours en progression

Le Bénin, déjà premier producteur africain de coton, a consolidé sa position avec une production annuelle moyenne dépassant 640 000 tonnes depuis 2016, avec un pic à 766 273 tonnes en 2021. L’objectif d’atteindre le million de tonnes reste d’actualité.

Ananas et noix de cajou : des filières en plein essor

L’ananas a progressé de 93%, passant de 244 000 tonnes avant 2016 à 470 000 tonnes en 2022, avec une cible à 600 000 tonnes d’ici peu. La noix de cajou, quant à elle, a vu sa production doubler (+105%), passant de 91 000 tonnes à 187 000 tonnes en 2023, avec un rendement en hausse de 34%. L’État soutient activement cette filière en subventionnant les plants certifiés à hauteur de 500 FCFA sur un coût total de 600 FCFA.

Un bouclier financier de 110 milliards FCFA pour protéger les agriculteurs

Face à la flambée des prix des intrants sur les marchés internationaux, le gouvernement a déployé un plan de sauvetage exceptionnel sous forme de subventions massives. Entre 2022 et 2025, une enveloppe de 110 milliards de FCFA a été allouée pour stabiliser les coûts de production. Cette mesure a permis d’éviter une crise des rendements et de préserver la stabilité alimentaire du pays.

Modernisation des infrastructures : la fin des méthodes archaïques

Aménagement hydro-agricole : libérer le potentiel des terres

Avant 2016, seulement 6 200 hectares étaient aménagés, soit 2% du potentiel national. Depuis, 25 440 hectares ont été mis en valeur dans 67 communes, quadruplant ainsi la superficie cultivable. L’objectif est d’atteindre 50 000 hectares pour renforcer la résilience des agriculteurs.

Mécanisation : réduire la pénibilité et booster les rendements

Le taux de mécanisation, inférieur à 8% en 2016, a été doublé grâce à l’introduction de 5 000 kits de tracteurs, subventionnés à moitié prix par l’État. Plus de 400 000 hectares sont désormais labourés mécaniquement. Avec la formation de 6 000 tractoristes et 300 mécaniciens, le gouvernement vise un taux de 30% de mécanisation d’ici 2026, via 8 000 kits en activité.

Financement et durabilité : les piliers d’une agriculture pérenne

Restructuration des fonds agricoles

Les anciens dispositifs de financement, jugés inefficaces, ont été remplacés par des outils plus performants. Le Fonds National de Développement Agricole (FNDA) a financé plus de 3 000 projets pour un montant supérieur à 19 milliards de FCFA. Le Fonds d’Appui au Développement des Communes (FADeC-Agriculture) a permis la réalisation de 330 investissements communaux, mobilisant 68 milliards de FCFA. L’enjeu reste l’optimisation de la gouvernance pour amplifier l’impact.

Réhabilitation des sols et gestion écologique

Avant 2016, 80% des sols béninois présentaient une faible fertilité. Grâce à des pratiques durables, plus de 3 millions d’hectares ont été réhabilités, améliorant leur qualité et leur résistance à la dégradation.

Relance du secteur halieutique et élevage

La restauration des plans d’eau et la lutte contre la pollution ont permis une hausse de 79% de la production halieutique. Les crevettes béninoises, désormais conformes aux normes internationales, sont réexportées vers l’Union européenne. Les productions animales ont également progressé de 53% pour la viande et de 43% pour les œufs, avec pour objectif de couvrir 75% des besoins nationaux.

Vers une agriculture compétitive et territorialisée

En moins d’une décennie, le Bénin a opéré une métamorphose agricole sans précédent. Grâce à une stratégie globale combinant investissements publics, modernisation des techniques et gestion durable, l’agriculture n’est plus une activité de survie, mais un secteur économique dynamique et compétitif.

Le défi à venir ? Maintenir cette dynamique en renforçant les mécanismes de contrôle pour que la richesse générée profite équitablement à l’ensemble des producteurs ruraux.