Au Togo, le financement des marchés publics en quête d’un équilibre nouveau entre banques et entreprises

Une plainte récurrente émane des entrepreneurs locaux œuvrant dans le domaine de la commande publique : « Les banques ne nous suivent plus. » Cette déclaration met en lumière une difficulté majeure pour le secteur privé au Togo. Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) ainsi que les prestataires de services de l’État font face à un resserrement des conditions d’octroi de crédits et de préfinancements bancaires. Cette situation ralentit considérablement l’avancement de nombreux chantiers et la réalisation des marchés d’infrastructures essentiels.

L’engrenage des créances impayées

La source de cette prudence accrue de la part des institutions financières réside dans un enjeu structurel : l’accumulation persistante de créances impayées consécutives à l’exécution des marchés publics. Pour mener à bien les travaux commandés par les administrations publiques, les entreprises dépendent massivement des emprunts bancaires. Cependant, les retards de paiement émanant du Trésor public ou des entités étatiques rompent la chaîne de remboursement, plongeant les entreprises dans l’incapacité d’honorer leurs échéances bancaires en temps voulu.

Un impact direct sur la rentabilité des banques

Le Dr LANDOZI Saharou, spécialiste en finance d’entreprise et économiste, a analysé les mécanismes bancaires qui entravent aujourd’hui l’accès au crédit. Selon son expertise, publiée le 31 août 2026, dès qu’un marché public subit des retards de paiement, le crédit bancaire associé se dégrade progressivement. Il bascule alors dans la catégorie des créances douteuses ou des créances en souffrance (NPL – Non-Performing Loans).

Conformément aux directives prudentielles de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’établissement bancaire se voit contraint d’immobiliser une part significative de ses fonds propres en constituant des provisions de couverture importantes. Cette exigence réduit d’autant sa liquidité disponible et limite sa capacité à octroyer de nouveaux financements.

Ce phénomène a eu des répercussions tangibles sur les résultats globaux du secteur. La place financière togolaise a ainsi enregistré des pertes nettes cumulées à la fin de l’exercice 2025 au sein de la zone UMOA. Ces pertes sont directement attribuables au poids des provisions requises pour couvrir les créances en souffrance liées aux projets de commande publique.

Sur le terrain, les dirigeants de PME du BTP décrivent un blocage opérationnel quotidien :

  • « Nous nous trouvons pris en étau. D’un côté, l’État exige l’avancement des travaux selon les cahiers des charges. De l’autre, les banques gèlent nos lignes de découvert dès qu’un décompte accuse du retard. Nous servons de tampon, absorbant les chocs de trésorerie sur nos propres fonds, ce qui épuise notre capital de roulement. »
  • « Les banques exigent désormais des garanties réelles quasiment impossibles à fournir pour de simples préfinancements de marchés. Sans un mécanisme d’aval ou de garantie publique, les petites entreprises locales ne peuvent plus rivaliser face aux grands groupes. »

Les préconisations : vers un partage équitable des risques

Face à cette impasse, le Dr LANDOZI Saharou et plusieurs experts financiers recommandent une refonte de la gouvernance de la commande publique par l’instauration d’un modèle de partage des risques. Parmi les pistes explorées :

  • Création d’un fonds de garantie dédié : Ce fonds aurait pour mission de sécuriser les engagements pris par les PME auprès des banques, réduisant ainsi les taux de provisionnement exigés.
  • Utilisation de comptes séquestres : Ces comptes permettraient d’assurer la traçabilité et l’affectation directe des décomptes publics au remboursement des prêts bancaires accordés, garantissant une meilleure visibilité.
  • Titrisation des arriérés : Transformer les créances publiques accumulées en titres négociables pourrait assainir le bilan des banques et libérer des liquidités essentielles pour de nouveaux investissements.

Selon le Dr LANDOZI Saharou, la mise en œuvre de ces réformes permettrait aux banques commerciales de retrouver pleinement leur rôle de moteur économique : « demeurer rentables tout en continuant de financer le développement national et la commande publique en toute sécurité. »