Au Sénégal, la critique d’Ousmane Sonko : un exercice délicat

Politique

Au Sénégal, la critique d’Ousmane Sonko : un exercice délicat

Les voix dissidentes au Sénégal hésitent à s’exprimer ouvertement contre Ousmane Sonko, craignant la réaction virulente de ses partisans sur les plateformes numériques.

Ousmane Sonko à Rabat  le 26 janvier 2025

Au Sénégal, le climat politique est marqué par une certaine crispation, notamment autour de la figure d’Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale. Des observateurs de la société civile et des professionnels des médias alertent sur une atmosphère d’intimidation qui semble freiner le débat démocratique. Ceux qui osent formuler des critiques ou exprimer une opposition à Ousmane Sonko se retrouvent souvent la cible de campagnes de dénigrement intenses sur les réseaux sociaux, orchestrées par les militants dévoués du Pastef, le parti au pouvoir.

Des policiers devant le palais de justice de Dakar

Cette situation engendre une forme d’autocensure, dictée par la crainte de représailles, qu’elles soient d’ordre numérique ou même physique. De plus, peu après son accession à la Primature en avril 2024, Ousmane Sonko avait tenu des propos fermes à l’égard des médias, déclarant :

« Nous ne tolérerons plus que des médias diffusent des informations non vérifiées sur des individus, sous couvert d’une prétendue liberté de la presse, sans s’appuyer sur des sources fiables. »

Des tensions avec le corps judiciaire

Ousmane Sonko n’hésite pas non plus à exprimer régulièrement ses doutes quant à l’impartialité du système judiciaire sénégalais.

En novembre 2025, alors qu’il occupait le poste de Premier ministre, il avait publiquement dénoncé la résistance de certains magistrats qui, selon lui, entravaient des enquêtes financières cruciales, perpétuant ainsi les pratiques d’un « système » qu’il s’est toujours engagé à combattre. Ces déclarations avaient suscité une vive indignation au sein de la magistrature.

Les droits des femmes : un bilan en demi-teinte

Plusieurs militantes féministes s’inquiètent également d’un recul potentiel concernant la protection de certains droits des femmes.

Ossama Monique Sagna, une activiste féministe sénégalaise, met en lumière la mise en œuvre insuffisante de la loi sur la parité, pourtant en vigueur au Sénégal depuis 2010. Elle déplore :

« Le nombre de femmes ministres a diminué par rapport au dernier gouvernement de Macky Sall. C’est un pas en arrière pour la représentation politique des femmes dans les sphères de décision. »

Le précédent gouvernement de Macky Sall comptait sept femmes, tandis que celui dirigé par Ousmane Sonko, avant son départ récent, n’en incluait que quatre, soit environ 13 % des postes. Cette baisse a provoqué de nombreux débats, des critiques et une certaine déception au sein de l’opinion publique.

Adji Sarr (au centre), la plaignante contre l'opposant sénégalais et chef du parti Pastef, Ousmane Sonko, quitte le bureau du juge après une confrontation avec Ousmane Sonko, mis en cause dans une affaire de viol, au tribunal de Dakar, le 6 décembre 2022.

Ossama Monique Sagna ajoute que les revendications fondamentales des mouvements féministes demeurent inchangées. Elle souligne :

« Cela révèle un manque d’avancées structurelles significatives. La réforme du Code de la famille, qui contient toujours des dispositions discriminatoires envers les femmes, est toujours d’actualité. L’application effective du Protocole de Maputo, notamment sur les droits reproductifs et la protection contre les violences, reste une priorité. Les demandes n’ont guère évolué car les réponses politiques n’ont pas été à la hauteur. Il y a aussi la question extrêmement préoccupante des féminicides et des violences basées sur le genre. Ces dernières années, les cas se multiplient, suscitant une profonde émotion dans le pays, souvent sans une réaction ferme des autorités compétentes. »

En 2025, environ 18 féminicides ont été recensés à l’échelle nationale.