Alliance des États du Sahel : 7 727 milliards FCFA de titres publics en circulation sur le marché régional

Au 31 juillet 2026, les trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) affichaient un encours cumulé de titres publics de 7 727,38 milliards de francs CFA sur le marché régional de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Un montant qui vient nuancer le discours officiel d’une souveraineté financière reposant exclusivement sur les ressources nationales.

Un recours persistant au marché régional

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger continuent de solliciter massivement le marché des titres publics de l’UMOA. Les données arrêtées à fin juillet 2026 révèlent que ces trois capitales demeurent parmi les principaux émetteurs de la zone, malgré une rhétorique politique axée sur l’émancipation financière et le rejet des mécanismes jugés imposés de l’extérieur.

Il convient toutefois de préciser la nature de ces engagements. Il ne s’agit pas d’une dette contractée directement auprès de l’UEMOA en tant qu’institution. Ces montants correspondent aux titres publics encore en circulation, souscrits par des investisseurs qui acquièrent bons et obligations. UMOA-Titres, l’organisme qui structure ce marché, a précisément pour vocation de financer les États de l’espace monétaire.

Burkina Faso : un encours proche de 3 000 milliards FCFA

Avec 2 989,98 milliards de francs CFA d’encours au 31 juillet 2026, le Burkina Faso se positionne comme le premier émetteur de l’AES sur le marché régional. Le pays représente à lui seul environ 12,4 % de l’encours total des États de l’UMOA, qui s’élevait à 24 073,53 milliards FCFA à la même date.

La dynamique ne faiblit pas : l’encours burkinabè a progressé de 2,46 % sur un seul mois. Au cours des premiers mois de 2026, Ouagadougou a poursuivi ses levées de fonds tout en honorant ses échéances. En mai, le pays avait mobilisé 99,50 milliards FCFA en obligations du Trésor, tout en remboursant 72,04 milliards FCFA. Le financement régional demeure donc un instrument central de la gestion de trésorerie de l’État burkinabè.

Mali : plus de 2 600 milliards FCFA d’engagements

Le Mali affichait un encours de 2 606,93 milliards FCFA au 31 juillet 2026, soit environ 10,8 % de l’encours régional. Les statistiques montrent que cette tendance n’est pas nouvelle : à fin mai 2026, l’encours malien atteignait déjà 2 637,64 milliards FCFA.

Durant ce seul mois de mai, Bamako avait levé 93,50 milliards FCFA, tandis que les remboursements s’élevaient à 110,07 milliards FCFA. Le Mali oscille donc entre émissions et remboursements, selon une logique classique de gestion de la dette publique. La question centrale n’est pas tant de savoir si le pays emprunte, mais à quel rythme, à quel coût et pour quelles dépenses.

Niger : une progression spectaculaire de l’encours

Le Niger présentait un encours de 2 130,47 milliards FCFA au 31 juillet 2026, représentant environ 8,9 % de l’encours total de l’UMOA. Mais c’est l’évolution récente qui retient l’attention : entre avril et mai 2026, l’encours nigérien est passé de 1 732,05 milliards à 2 120,45 milliards FCFA, soit une augmentation de près de 388,4 milliards FCFA en un mois.

Cette hausse s’explique par d’importantes opérations de financement et de reprofilage de la dette. En mai 2026, Niamey avait mobilisé 567,49 milliards FCFA, dont 519,51 milliards en obligations du Trésor et 47,97 milliards en bons. Dans le même temps, 191,31 milliards FCFA étaient remboursés. Quelques jours plus tôt, une opération d’envergure avait permis de traiter 446,386 milliards FCFA de titres, dont environ 59,710 milliards de titres à court terme rachetés pour alléger les tensions de trésorerie. Les ressources nettes dégagées étaient estimées à environ 327 milliards FCFA.

Un poids considérable dans l’ensemble régional

La somme des encours des trois pays de l’AES atteint donc 7 727,38 milliards FCFA. Rapporté à l’encours total des États de l’UMOA, qui s’établissait à 24 073,53 milliards FCFA à la même période, cela signifie que le Burkina Faso, le Mali et le Niger concentrent à eux seuls environ 32,1 % de l’ensemble des titres publics en circulation dans la zone.

Ce chiffre mérite d’autant plus d’attention qu’il intervient après le retrait des trois pays de la CEDEAO. Politiquement, les autorités de l’AES revendiquent une trajectoire autonome. Financièrement, elles continuent pourtant de s’appuyer sur un marché largement alimenté par les banques et investisseurs de l’espace ouest-africain.

Des investisseurs régionaux plus prudents

Une analyse publiée fin 2025 signalait d’ailleurs une réduction de l’exposition des investisseurs des autres pays de l’UEMOA à la dette des États de l’AES. Leur détention était passée de 3 174 milliards à 2 801 milliards FCFA entre le quatrième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025, soit une baisse de 373 milliards FCFA. Parallèlement, les détentions croisées de titres entre les trois pays de l’AES avaient reculé de 622 milliards FCFA, pour s’établir à environ 3 160 milliards FCFA.

Ce mouvement mérite une surveillance attentive : lorsque les investisseurs deviennent plus circonspects, le financement peut devenir plus onéreux et plus complexe à obtenir.

Le coût de la dette, véritable indicateur de risque

Le montant de l’encours ne saurait suffire à évaluer la situation. Pour apprécier la soutenabilité de cette dette, plusieurs paramètres entrent en ligne de compte : les taux d’intérêt, les échéances, le volume annuel des remboursements, la capacité de mobilisation fiscale, la croissance économique, la part consacrée aux dépenses sécuritaires et la faculté à renouveler les emprunts arrivant à terme.

C’est précisément dans cette combinaison que réside le risque. Un État peut supporter un encours élevé s’il dispose de recettes suffisantes et d’une croissance robuste. À l’inverse, un pays peut rencontrer de sérieuses difficultés avec une dette plus modeste si une grande partie des titres arrive simultanément à échéance ou si les taux d’intérêt grimpent excessivement.

Le cas nigérien : un révélateur des mécanismes en jeu

Le Niger offre une illustration éclairante de cette mécanique. En mai 2026, le pays a mobilisé 567,49 milliards FCFA, tout en remboursant 191,31 milliards FCFA. Une autre opération a porté sur 446,386 milliards FCFA, dont une partie servait à racheter des titres arrivant à échéance.

Cela signifie qu’une fraction des nouvelles ressources ne constitue pas nécessairement de l’argent frais disponible pour financer des projets. Elle peut être affectée au refinancement d’une dette existante. Ce mécanisme est courant sur les marchés obligataires, mais il convient de le souligner : lever plusieurs centaines de milliards ne revient pas automatiquement à ajouter l’intégralité de ces sommes aux ressources disponibles pour le développement.

L’illusion des « milliards mobilisés »

Voilà sans doute l’un des enseignements majeurs de ces données. Lorsqu’un gouvernement annonce une émission de 500 milliards FCFA, plusieurs questions s’imposent : quelle part est réellement nouvelle ? Quelle portion sert à rembourser des titres antérieurs ? Quel est le taux d’intérêt appliqué ? Quelle est la durée de l’emprunt ? Quelle sera la facture totale pour le contribuable ?

L’opération nigérienne de mai 2026 illustre parfaitement cette distinction : 446,386 milliards FCFA de montant brut traité, mais environ 327 milliards FCFA de ressources nettes dégagées. L’écart n’est pas un détail comptable : il modifie radicalement la lecture politique du chiffre.

La souveraineté proclamée ne fait pas disparaître la dette

Le débat sur l’AES ne peut donc se réduire à une opposition binaire entre « souveraineté » et « dépendance ». Les chiffres racontent une réalité plus nuancée. Au 31 juillet 2026, le Burkina Faso, le Mali et le Niger cumulaient 7 727,38 milliards FCFA d’encours de titres publics sur le marché régional de l’UMOA.

Il ne s’agit pas d’une dette due directement à l’UEMOA en tant qu’organisation, mais d’engagements envers les investisseurs ayant souscrit aux titres émis par ces États. Le constat demeure néanmoins : les trois pays qui revendiquent une plus grande autonomie financière continuent de dépendre largement du financement obligataire régional pour couvrir leurs besoins.

La véritable question n’est donc plus de savoir si l’AES emprunte. Elle est de déterminer jusqu’où ces États pourront continuer à emprunter sans que le coût de cette « souveraineté financière » ne finisse par peser lourdement sur leurs budgets futurs.