Africa Corps : la milice russe qui étend son emprise au Mali et au Sahel
Cette organisation paramilitaire, héritière des méthodes controversées de Wagner, s’impose désormais comme un acteur clé des stratégies russes en Afrique. Son rôle au Mali et dans la région suscite autant d’interrogations que de tensions.
Le week-end dernier a marqué un tournant au Mali. Des groupes armés, alliés aux mouvements touaregs, ont lancé une offensive coordonnée contre les positions gouvernementales. Parmi les cibles : la résidence du ministre de la Défense, qui a trouvé la mort lors de ces affrontements. Ces attaques surviennent alors que la junte malienne, soutenue par des forces étrangères, tente de maintenir son autorité face à une opposition grandissante.
À l’est du pays, un événement majeur s’est produit. La ville de Kidal, sous contrôle strict d’Africa Corps depuis plusieurs années, a été reprise par les rebelles. Après des heures de combat et de négociations tendues, les mercenaires russes ont finalement quitté les lieux, marquant un recul significatif de leur influence dans la région. Pourtant, leur présence reste forte ailleurs au Sahel, où Moscou cherche à consolider ses alliances.
Créée en 2023, Africa Corps incarne une nouvelle phase de l’engagement russe en Afrique. Son existence a été révélée via Telegram par le blogueur militaire Deux Majors, qui citait des déclarations d’Igor Korotchenko, ancien colonel et journaliste proche du pouvoir russe. Officiellement, l’organisation est placée sous l’autorité d’Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense. Son rôle ? Structurer une présence militaire discrète mais efficace, en remplacement du groupe Wagner, affaibli depuis la disparition de ses fondateurs.
La transition entre Wagner et Africa Corps s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe. Le groupe Wagner, actif depuis 2014, était accusé de méthodes brutales et de violations des droits humains. Son déclin, accéléré par la mort d’Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine en 2023, a ouvert la voie à une réorganisation des forces russes sur le continent. Africa Corps se veut plus discrète, mais tout aussi déterminée à servir les intérêts de Moscou.
Des objectifs affichés avec fermeté
Dès sa création, Africa Corps a défini sa mission : mener des opérations militaires d’envergure pour aider les États africains à se libérer de la dépendance occidentale et à sécuriser leurs ressources. Igor Korotchenko, l’un de ses principaux porte-parole, a souligné cette volonté de « nettoyer » la présence étrangère et d’accompagner les pays dans leur quête d’autonomie. Un discours qui résonne particulièrement au Sahel, où les tensions avec les anciennes puissances coloniales persistent.
Contrairement à Wagner, Africa Corps mise sur une approche plus institutionnelle. Plutôt que des actions spectaculaires et controversées, elle privilégie le soutien logistique et militaire aux régimes alliés. Son influence s’étend désormais au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger, où elle tisse des liens stratégiques avec les gouvernements en place.
Au Mali, une présence militaire controversée
Depuis 2024, Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali, déployant des centaines, voire des milliers de combattants. Des cadres expérimentés de l’ancienne milice ont rejoint ses rangs, apportant avec eux une partie de leurs effectifs. Leur mission ? Soutenir la junte malienne dans sa lutte contre les groupes armés et les rebelles touaregs. Une stratégie qui permet à la Russie d’étendre son influence, après le départ des forces occidentales comme la France.
Les enjeux sont multiples. En plus de sécuriser ses alliés, Moscow cherche à contrôler les routes migratoires et à exploiter les richesses minières du Sahel. Africa Corps joue un rôle central dans cette dynamique, même si son implication reste moins visible que celle de Wagner. Pourtant, l’organisation n’est pas à l’abri des critiques. En 2024, le Royaume-Uni l’a accusée de « violations massives des droits humains » et d’exploitation des ressources locales à des fins lucratives.
Son nom, Africa Corps, n’est pas un hasard. Il fait directement référence à l’Afrikakorps, unité allemande de la Seconde Guerre mondiale active en Afrique du Nord. Une référence historique qui soulève des questions sur les méthodes et les ambitions de cette milice moderne. Alors que les tensions persistent au Sahel, Africa Corps incarne une nouvelle forme d’interventionnisme russe, plus discrète mais tout aussi déterminée.
