Le remplacement des groupes armés russes Wagner par Africa Corps au Mali n’a pas mis fin aux violences contre les populations. Au contraire, les exactions se poursuivent sous une nouvelle bannière, sans que les autorités maliennes ni leurs alliés ne s’attaquent à l’impunité qui les caractérise. Des exécutions extrajudiciaires, des tortures et des frappes aveugles ciblent désormais autant les civils que les groupes terroristes, plongeant les communautés dans une spirale d’insécurité et de désespoir.
Des opérations militaires meurtrières pour les populations
Entre 2023 et 2025, au moins 34 civils ont péri lors d’opérations conjointes impliquant les Forces armées maliennes (FAMa) et des membres d’Africa Corps, notamment à la frontière avec la Mauritanie. Les témoignages recueillis décrivent des scènes glaçantes : des hommes abattus après leur arrestation, d’autres égorgés ou brûlés vivants. Ces actes, s’ils étaient confirmés, pourraient relever de crimes de guerre, au regard du droit international humanitaire qui prohibe les attaques contre les personnes non combattantes.
Les frappes de drones illustrent cette dérive. En mars 2025, une attaque visant prétendument un marché à Ejdeir a fait 16 victimes civiles. En novembre de la même année, une habitation à Tangata a été bombardée, causant sept morts. Aucune preuve ne suggère la présence de cibles militaires sur ces sites, soulevant des questions sur la précision des frappes et la responsabilité des commanditaires.
Quand l’antiterrorisme devient une machine à broyer les innocents
Les méthodes brutales ne se limitent pas aux champs de bataille. À Léré et Nampala, des détenus subissent des tortures d’une rare violence : suspensions par les membres, simulations de noyade, électrocutions et violences sexuelles. Cinq personnes au moins en seraient mortes, tandis que d’autres croupissent en détention sans accès à un avocat ni à leur famille. Des soldats maliens auraient participé activement à ces séances, parfois aux côtés de mercenaires d’Africa Corps, transformant les centres de détention en lieux de terreur.
Les communautés minoritaires, premières victimes des abus
Les Peuls, Arabes et Touaregs sont particulièrement visés, souvent accusés de collusion avec des groupes armés comme le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Les exactions ne se contentent pas d’enlèvements ou d’assassinats : pillages de troupeaux, destruction de biens et confiscations d’argent ou de bijoux aggravent leur précarité. Ces pratiques, qui rappellent les pires heures de Wagner, révèlent une stratégie contre-productive, où la punition collective remplace une lutte antiterroriste crédible.
En juillet 2026, dans le quartier peul de Bombori, environ 80 hommes ont été arrêtés, frappés et interrogés sous la menace. Six ont été abattus en tentant de fuir, trois autres exécutés. Ces méthodes, attribuées à Africa Corps, montrent que le passage de Wagner à une structure officiellement russe n’a rien changé au fond : la violence d’État envers les civils persiste.
L’impunité, ciment d’une crise des droits humains
Depuis 2023, aucune enquête n’a abouti contre des membres des forces gouvernementales pour des exactions commises contre les populations. Cette absence de justice scelle l’impunité et étouffe les témoignages, rendant encore plus difficile la documentation des abus. Les enquêtes indépendantes réclamées par les organisations de défense des droits sont systématiquement bloquées, tandis que l’accès aux zones touchées reste restreint.
Pour en finir avec ce cycle, les autorités maliennes doivent ouvrir des enquêtes transparentes, poursuivre les responsables et garantir l’accès des victimes à la justice. La coopération avec Africa Corps doit être conditionnée au respect strict du droit international, sous peine de transformer le « nouveau visage » de la sécurité au Sahel en une façade masquant les mêmes erreurs.
Car une chose est claire : au Mali, la protection des civils ne peut plus attendre. Chaque jour sans action concrète est un jour de plus où l’État de droit recule, où les communautés tremblent, et où l’histoire juge sévèrement ceux qui ont choisi l’impunité plutôt que l’espoir.