Guinée-Bissau : et si l’interdiction du retour d’Embaló plongeait le pays dans le chaos ?

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La Guinée-Bissau fait face à un tournant décisif. Alors que l’ancien président Umaro Sissoco Embaló annonce son intention de rentrer dans le pays pour briguer un nouveau mandat, la junte militaire au pouvoir a opposé un refus catégorique à son retour. Une décision qui risque d’aggraver une crise politique déjà explosive et de fragiliser davantage les institutions du pays.

Pourquoi la junte militaire s’oppose-t-elle farouchement au retour d’Embaló ?

Depuis son exil, Umaro Sissoco Embaló a fait part publiquement de son ambition de se présenter à l’élection présidentielle prévue en fin d’année. Une déclaration qui a provoqué une réaction immédiate du Haut commandement militaire, lequel a qualifié son retour de tentative de « déstabilisation ». Les autorités de transition ont même brandi la menace d’exclusion définitive de l’ancien président, l’accusant d’avoir orchestré un « auto-coup d’État » pour manipuler le processus électoral.

Pour justifier leur veto, les militaires invoquent les risques pour la stabilité nationale. Ils estiment qu’autoriser le retour d’Embaló reviendrait à réintroduire un facteur de tension dans un pays déjà fragilisé par des décennies d’instabilité politique. Leur position est claire : « Aucun acteur ayant compromis la paix sociale ne sera autorisé à instrumentaliser la transition. »

Un putsch aux conséquences toujours controversées

Le 26 novembre 2025, la Guinée-Bissau a basculé dans le chaos après des élections présidentielles tendues. Les résultats étaient contestés par les deux camps, et des tirs ont retenti dans la capitale. Des éléments armés ont encerclé le palais présidentiel, capturant Embaló et suspendant le scrutin. Officiellement, les putschistes justifiaient leur action en invoquant une menace sur la sécurité nationale.

Cependant, cette version des faits a été largement remise en cause. De nombreux observateurs et diplomates y ont vu une manœuvre politique visant à éviter une défaite annoncée pour Embaló. Exfiltré vers le Sénégal le lendemain, l’ancien président laisse derrière lui un pays plongé dans l’incertitude, avec des institutions paralysées et une population divisée.

Une stratégie électorale risquée de la part de l’ancien président

Face à ce rejet, Umaro Sissoco Embaló mise sur une mobilisation sans précédent. Depuis l’étranger, il a bâti une coalition, la « Plateforme républicaine », regroupant une douzaine de partis et organisations politiques. Son objectif : prouver que son assise populaire reste intacte et forcer le passage pour participer à l’élection.

Pour les partisans d’Embaló, l’interdiction de son retour est une preuve supplémentaire de l’illégitimité du pouvoir militaire. Ils dénoncent une dérive autoritaire et une exclusion arbitraire, tandis que la junte campe sur ses positions. Le risque ? Une radicalisation des positions et une escalade de la crise politique, alors que le pays tente désespérément de retrouver un semblant de normalité démocratique.

Quel avenir pour la transition en Guinée-Bissau ?

La Guinée-Bissau se trouve à un carrefour. D’un côté, un président déchu déterminé à rentrer et à briguer un nouveau mandat ; de l’autre, une junte militaire déterminée à verrouiller le processus politique. Entre ces deux forces, le pays pourrait bien basculer dans une impasse prolongée, avec des conséquences désastreuses pour la stabilité régionale.

La question n’est plus seulement celle de la légitimité d’Embaló, mais bien celle de l’avenir même de la Guinée-Bissau. Une exclusion arbitraire du processus électoral pourrait-elle mener à une radicalisation des opposants ? La junte parviendra-t-elle à imposer sa feuille de route sans déclencher de nouvelles violences ? Autant de réponses que le pays devra trouver rapidement, sous peine de sombrer dans une crise encore plus profonde.

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A propos Safiatou Sanou

Journaliste
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